Vendredi 9 mai 2008


Par Timothée Duboc 

Prolongeant le dossier Famille qui explore le thème du mensonge et qui paraît cette semaine dans le n°6545 de Pèlerin (daté du 8 mai), Emmanuelle Lepetit, la journaliste qui a signé l’article, nous  fait part du témoignage que lui a confié Sylvie, 45 ans, dont la mère a toujours refusé de dire la vérité sur son père :  

« Au début, je ne savais pas. Puis, j’ai compris. Quand j’étais petite, aussi loin que je me souvienne, ma mère était mariée. Son mari était très gentil avec moi. Mais il n’était pas de la même couleur que moi. J’ai compris qu’il ne pouvait pas être mon père.

Bientôt, j’ai eu un frère. Puis une sœur. Eux aussi n’étaient pas de la même couleur que moi. J’ai commencé à poser des questions à ma mère et elle m’a dit : « tu es trop jeune pour comprendre ». Mon beau-père, lui, ne disait rien. J’ai attendu : rien n’est venu.

A l’adolescence, je me suis sentie très mal, j’ai recommencé à interroger ma mère. Elle éludait les questions. J’ai compris, toute seule, que je devais être une enfant illégitime, née hors mariage, d’une première liaison. A l’époque, cela signifiait beaucoup, surtout à la campagne (nous vivions en Bretagne). Ma mère devait se sentir coupable, elle voulait faire une croix sur cette partie de sa vie en la cachant, par le silence. J’ai grandi avec ce secret, ce silence.

Bientôt, j’ai arrêté de poser des questions. J’avais honte. J’imaginais le pire : un inceste, un viol, qui sait ? Je n’osais plus parler. A ma majorité, je suis partie, très vite. Je me suis mariée. Je suis tombée enceinte. Mon mari s’est noyé peu avant que j’accouche. Mon fils n’a pas connu son père. J’ai beaucoup souffert, c’est comme si l’histoire se répétait mais j’ai tout raconté à mon fils. Je lui ai parlé de son père. Je lui ai dit que je ne connaissais pas le mien. Je ne voulais pas qu’il souffre comme moi et, en effet, il va bien, c’est un garçon épanoui.

Il y a quelques années, je suis tombée malade du zona. Aujourd’hui la maladie me paralyse : je suis clouée sur un fauteuil roulant. A vrai dire, je ne sais pas si c’est cette maladie qui me paralyse. Il y a deux ans, avec mon fils, nous sommes allés chez ma mère : nous voulions obtenir la vérité. Nous avons osé poser des questions. Elle s’est murée dans le silence. Elle a 67 ans. J’en ai 45, mon fils en a 17. Il suffirait d’un nom, de quelques phrases, pour nous libérer tous les trois. Pour surtout me libérer moi. Le pire, c’est que je n’arrive pas à ressentir de colère ou de haine pour ma mère. En quelque sorte,  je n’existe pas. »

Echo d’une souffrance indicible, qui contraste avec la tonalité des autres témoignages recueillis par Emmanuelle Lepetit et qui nourrissent le dossier, où il est plutôt question de ces menus mensonges et autres petites tricheries du quotidien auxquels nous avons plus souvent recours que nous ne l’admettons.

Mais la triste histoire de Sylvie illustre pleinement le propos de la théologienne Véronique Margron, interrogée par notre journaliste : “(…) cacher des vérités trop longtemps débouche sur une relation d’emprise, qui peut être familiale, conjugale, amicale ou professionnelle. La vérité libère toujours l’autre de nous-mêmes… c’est la peur de libérer l’autre qui nous pousse à mentir !” Puisse cette mère rompre le silence et permettre à sa fille d’exister, enfin.

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Mercredi 7 mai 2008


Par Gilles Donada

“Ma mère ne veut pas assister au mariage de ma fille”, s’inquiétait Cécile, 53 ans (originaire de Seine-et-Marne) dans la rubrique De vous à nous de Pèlerin n°6539, daté du 27 mars 2008. La grand-mère maternelle voulait, en effet, boycotter le mariage de sa petite-fille, prévu en juin, car il ne se déroulait pas à l’église (sa petite-fille n’étant ni croyante, ni pratiquante). Les lecteurs de Pèlerin et notre psychologue Françoise Blaise-Kopp avaient apporté soutien et éclairage.

Et voici les (bonnes) nouvelles que je viens de recevoir de Cécile à qui nous avions transmis tous les courriers reçus. “Maman reconnaît intellectuellement le bien-fondé des réactions et des conseils, écrit-elle, mais au fond de son coeur c’est toujours un gros chagrin, même si elle est quand même contente d’aller au mariage de sa première petite-fille.” Ouf !

Cécile me demande d’adresser ses profonds remerciements à tous les lecteurs de Pèlerin qui ont répondu à son appel.  “Transmettez leur mes remerciements sincères d’avoir consacré du temps à mon problème, de m’avoir répondu à la lumière de leur propre expérience, avec un ton plein de chaleur, d’amour fraternel et d’espérance. Vraiment, j’ai été très touchée de la profondeur des réflexions, et j’espère que le mariage se passera dans la joie, et, qui sait, peut-être cela débouchera-t-il un jour sur le baptême des enfants, et le mariage religieux des parents… De tout coeur, merci !”

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Vendredi 2 mai 2008


Par Gilles Donada

Christophe, notre internaute en chef de pelerin.info, vient se planter devant notre bureau (celui de Timothée et le mien, qui se font face) pour nous raconter son dernier échange avec ses deux filles aînées.

Après avoir lu un article sur le projet de suppression de la publicité sur la télévision publique, l’aînée s’est écriée : “Mais c’est incroyable ça ! Comment va-t-on maintenant être informé de l’arrivée de la dernière console ou d’un parfum, si on n’a plus la pub ?!”

Son père, qui préfère de loin voir la pub s’afficher sur notre site (eh oui, sur internet, même le gratuit a un coût…) que se déverser dans son salon lui fait remarquer qu’on peut vivre sans pub. Malheur ! Que n’avait-il dit ! “L’idée de vivre sans pub lui paraissait aussi terrible que celle de perdre son toit !”, constate le papa interloqué.

Et voilà sa seconde fille qui entre dans la danse. “S’il y a moins de pub à la télé, il y en aura plus dans les journaux, raisonne-t-elle. Alors les gens seront obligés d’en acheter davantage, s’ils veulent lire de la pub.”

Pour Christophe, le point de vue de ses filles a valeur de scoop : “Pour elles, la pub, c’est de l’information”.  Un blasphème pour un journaliste, soucieux de distinguer communication et information !

Pourtant, un récent sondage TNS Sofres sur les Français et la publicité, observe que ce mode de communication est le plus prisé chez “les moins de 35 ans et les classes moyennes et populaires”.

“On attend bien sur [de la plublicité] qu’elle soit claire (46%), informative (32%) mais également drôle (31%), créative (26%), étonnante (18%) et même belle (12%). L’émotionnel et le rationnel doivent ainsi aujourd’hui plus encore se conjuguer pour qu’au final la publicité remplisse son contrat de base et provoquer l’envie d’acheter (28%).”

Une invitation à regarder la pub sous un autre jour. Sans, pour autant, se laisser aveugler.

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Dimanche 27 avril 2008


Par Timothée Duboc

Votre fils, grand adolescent auquel l’état-civil donne le statut et les prérogatives des adultes depuis quelques mois, fait preuve, à vos yeux, d’une notable incohérence en passant la soirée et une partie de la nuit au dehors, l’avant veille d’examens scolaires, dont l’importance ne fait pas débat (même pas entre le père et le fils…). Contrarié au possible, le lendemain, vous hésitez quant à l’attitude à adopter vis-à-vis de l’intéressé, à son réveil.

Sollicitée, votre propre mère - la grand-mère dudit grand adolescent -, en visite sur la ligne de front au moment du casus belli, a son idée sur la question. “Puisque tu me demandes mon avis, je te réponds ce que je pense : il ne me paraît pas judicieux de t’affronter avec lui à la veille de ses examens. S’il a agi ainsi, c’est qu’il avait besoin de se détendre. A son âge, une bonne soirée entre copains vaut parfois mieux que tout autre programme. ” 

Eberlué, vous scrutez un signe, une moue codée qui viendrait atténuer - ou invalider - son propos subversif. Que nenni. Ses paroles étaient sincères. Sont-ce les grands-mères qui n’ont rien à voir avec les mères qu’elles furent, ou leurs fils qui ont oublié qu’ils n’ont pas toujours été des pères ?

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Jeudi 24 avril 2008


Par Gilles Donada

Enfant, j’attendais toujours le courrier avec impatience, surtout pendant les vacances. Dès que j’entendais vrombir la mobylette du facteur en haut du chemin, je me précipitais vers  la boîte aux lettres aménagée dans le pilier qui soutenait le portail. J’attrapais le courrier que je compulsais fébrilement à la recherche d’une lettre rédigée à mon attention.

Depuis que je m’occupe de la rubrique De vous à nous, je guette avec la même gourmandise enfantine les réponses aux appels à témoignage, lancés dans Pèlerin.

En décachetant l’enveloppe, je tombe souvent sur des perles savoureuses ! Je viens de recevoir, en provenance des Bouches-du-Rhône, une lettre d’un monsieur de 85 ans qui répond à Yvette. Celle-ci s’inquiétait de voir son mari, jeune retraité, déprimer, souffrir de pannes sexuelles et refuser de consulter un médecin (Cf. Pèlerin n°6543 du 24 avril 2008).

“A 60 ans, écrit notre correspondant, il est normal qu’il y ait quelques pannes ! Est-ce que vous faites tout ce qu’il faut faire pour que ça marche ?”, interroge notre abonné provençal avant d’être plus explicite en encourageant Yvette à découvrir le sens concret de deux termes latins…

“J’espère ne pas scandaliser Pèlerin avec ces détails ?!”, s’empourpre-t-il soudain avant de livrer un dernier conseil à Yvette : se brancher sur RMC pour écouter l’émission “Lahaie, l’amour et vous“. Ce programme est animé par Brigitte Lahaie, une ancienne star du X qui vient de publier chez Flammarion un livre avec le prêtre Patrice Gourier intitulé : “Parlez nous d’amour, deux regards sur le couple, le désir et la sexualité”.

Et notre vert provençal de conclure : “Veuf depuis 2001, je n’ai jamais eu de pannes. Ma femme était belle, très belle, gentille, intelligente. Elle aimait le sexe… Je ne l’ai pas remplacée.”

L’amour n’a pas d’âge. Et les amoureux du latin seront d’accord avec les hellénistes pour reconnaître qu’Eros et Agapè forment un heureux couple.

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Jeudi 17 avril 2008


Par Isabelle Vial

Cafouillages ou fouillis ? Ce matin, au moment de rédiger cette note de blog, tombe la nouvelle de la parution du décret, qui modifie, à compter du 1er mai, les règles de calcul des allocations familiales. La majoration du montant de ces allocations est revue : aujourd’hui accordée à partir de l’âge de 11 ans, elle sera augmentée mais versée désormais à partir de l’âge de 14 ans. La caisse d’allocations familiales devrait économiser 138 millions d’euros par an. Mais au total, sur l’ensemble des versements accordés entre le onzième et le dix-huitième anniversaire d’un enfant, les familles perdront en moyenne 600 euros par enfant….

Cette mesure intervient quelques jours après le « couac » autour de la carte famille nombreuse et alors que sont publiés des chiffres alarmants sur la reprise de l’inflation et la baisse du pouvoir d’achat. «Les prix sont fous » proclame en Une un quotidien ce matin. Volonté du gouvernement, maladresses, « coups de sonde » vis-à-vis de l’opinion publique sur les sujets familiaux ?

A la SNCF, le trafic concerné par le tarif « Familles Nombreuses » a diminué de 33% entre 1979 et 1999, alors que le trafic voyageurs total a augmenté de 24% dans le même temps. La raison ? Notamment le report vers des tarifs commerciaux plus avantageux. D’ailleurs, les tarifs sociaux de la SNCF représentent aujourd’hui seulement 1% des déplacements de voyageurs. Alors, qu’est-ce qui doit l’emporter : la « tarification commerciale » ou la « tarification sociale » ?

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Mardi 15 avril 2008


Par Gilles Donada 

J’ai eu l’heur d’interviewer Fabrice Hadjadj, jeune philosophe, dramaturge, et père de famille, converti au christianisme, qui vient de publier “La profondeur des sexes, pour une mystique de la chair” (éditions du Seuil). Une livre exigeant, brillant, tranchant et drôle qui réunifie charnel et spirituel en développant - ô bienfait ! - “une morale qui se moque de la morale”.  On peut également lire chaque mois ses savoureux instantanés, intitulés “Mes prochains”, dans Panorama.

Dans son chapitre “défense de l’adultère ou que le mariage est une aventure”, il donne la parole au point de vue libertin qui “s’évertue à être fidèle à son coeur si muable. S’il change de fidélité, c’est pour ne pas être parjure.” (page 134)

“Pourquoi changer [de femme] puisqu’elle change d’elle-même ? lui répond Hadjadj. Et ce changement seul est une véritable croissance, riche de nouveauté. […] Puisque ma femme change en même temps que moi, pourquoi ne pas l’aimer d’un amour toujours neuf ? Avec elle j’aurai aimé une jeune, une fiancée, une femme, une actrice, une mère, une dame, une vieille dame, qui sait ? une morte, une ressuscitée… ” (page 135).

Puis Fabrice Hadjadj rapporte cette anecdote tirée de monde littéraire ”"J’avais un ami qui ne voulait pas se marier, raconte [l’écrivain Jean Paulhan]. Il me disait : “Quand on se marie, il faut renoncer à toutes les femmes, sauf une”. Je savais très bien lui répondre : “Quand on ne se marie pas, l’on renonce à toutes femmes, plus une”.  Il n’allait pas assez loin, corrige Fabrice Hadjadj. Je suggère une réponse plus réaliste : quand on se marie, on accueille toutes les femmes, en une. Mais il faut être assez contemplatif pour s’en apercevoir. Et assez endurant.”

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Vendredi 11 avril 2008


Par Timothée Duboc

L’article qu’Isabelle O’Neill consacre cette semaine au sommeil du couple (”Pas facile de dormir à deux”), dans les pages Famille, lève un coin du voile sur la chambre à coucher, lieu par excellence de l’intimité du couple. Qui l’eût cru ? C’est aussi un espace culturel, voire le lieu des particularismes nationaux.

En matière de literie, les Français sont ainsi très attachés au lit double (entre 20 et 65 ans, 96 % des couples revendiquent le fait de dormir dans un lit à deux places, selon une récente étude de l’association pour la promotion de la literie). Et cela, dans un lit de 140 cm de largeur pour 60 % d’entre eux. Les couples américains préfèrent, eux l’”extra king size”, les Allemands partagent la même chambre mais ont des lits séparés…

La “norme” semble peser sur les esprits au point que ceux qui dorment mal à deux (25 % des couples, d’après l’enquête) ont bien des réticences à envisager de faire lit à part. Et l’on ne parle pas ici de faire chambre à part, comme le font de plus en plus de couples outre-atlantique.  “La faute au cinéma”, écrit le thérapeute conjugal Robert Neuburger, interrogé par Isabelle O’Neill. Car l’image associée à la notion d’amour conjugal est, dans nos représentations contemporaines, celle d’un couple enlacé.  Dès lors, peut-on aller contre un tel fait culturel ? Peut-on s’aimer et préférer dormir séparé ? C’est loin d’être évident, dans un pays peuplé d’incorrigibles romantiques… 

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Mercredi 9 avril 2008


Par Gilles Donada 

Entretien passionnant avec le Dr Claudine Onfray, gynécologue à propos des questions de fertilité humaine. Aujourd’hui, de plus en plus de couples ont recours à la procréation médicalement assistée car ils n’arrivent pas à avoir des enfants naturellement.

Le Dr Onfray me communique les chiffres suivants : lorsque la femme est âgée de 25 à 29 ans, le pourcentage de couples stériles est de 7 %. Ce pourcentage passe à 11 % pour la tranche 30-44 ans ; 33 % pour celle des 35-39 ans ; et 87 % de couple stérile quand la femme est âgée entre 40 et 44 ans…

La première raison tient à l’âge moyen de la première grossesse (en 2007, on approche des 30 ans). D’où le message à destination du grand public : “N’attendez pas trop longtemps pour avoir des enfants“, comme l’écrit le professeur François Olivennes dans son dernier livre.  

Plus facile à dire qu’à faire quand les études se prolongent, la carrière tarde à décoller et l’autonomie financière recule comme la ligne d’horizon. Certes, tout serait plus simple si on donnait foi à ce proverbe argentin : “Chaque enfant naît avec un pain sous le bras”. Sous-entendu : les parents trouveront les moyens matériels d’accueillir leur bébé…

Mais, ajoute le Dr Onfray, il y a une autre raison à cette menace sur la fertilité, notamment masculine,  c’est l’influence nocive des pesticides et des différentes types de pollution (alcool et tabac y compris….).

Ce problème d’infertilité croissante ne concerne pas seulement les humains. ”Des espèces animales, constate le Dr Onfray, sont déjà fortement touchées par ce phénomène et ceci sur toute l’étendue de la planète  : les ours polaires comme les alligators tropicaux. Ce phénomène est connu depuis plus de 40 ans, il entraîne maintenant des stérilités complètes chez les mâles et de nombreuses autres pathologies.”

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Mardi 8 avril 2008


Par Gilles Donada

Les trois spots radio de Pèlerin diffusés sur RTL et RCF à l’occasion de la sortie de notre numéro spécial Mai 68 viennent de recevoir le “Coup de cœur radio”, décerné par le magazine Stratégies et IP (régie pub de RTL), qui distingue chaque semaine la meilleure pub passée sur RTL. Réjouissant !

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Lundi 7 avril 2008


Par Gilles Donada 

En découvrant jeudi 3 avril, l’article du Monde consacré au lycée Ronsard de Vendôme, un frisson glacé parcourt mon échine. Je lis : “96 % des élèves ont décroché leur diplôme” du bac. Or, dans mon reportage sur le même lycée Ronsard dans le cadre de notre dossier Mai 68,  j’ai indiqué dans l’article - et dans la bouche du proviseur, M. Alfred Piélot, qui plus est ! - que ce chiffre est de 82 %. Horreur !

Je compulse fébrilement mon carnet de notes pour retrouver le passage de l’interview concerné. Les notes ne sont pas claires car j’ai relevé l’information en style trop télégraphique. J’envoie aussitôt un mail au proviseur pour lui demander la précision. La réponse est sans ambiguïté :  j’ai donné un chiffre inexact ! J’aurais dû recouper mon information… Aïe, aïe, aïe !

J’en parle à Timothée, mon chef de service (et Ti de TiGiliZ) qui en discute avec Anne, notre rédactice en chef. La décision est prise de publier un erratum dans le 6542 du 17 avril 2008… et sur ce blog !

Voici l’information exacte, reprise du mail de M. Piélot (pas rancunier, il m’apprend qu’il a bien apprécié le dossier, malgré cette bévue) : “Nous avons 96 % de réussite au Bac (12 collés sur 300 élèves), nous avons les meilleurs résultats de toute la région Centre. Les 82 % correspondent aux taux de passage de 2nde en 1ère, alors que pour le département, c’est seulement 80 % , donc il plus facile de passer de 2nde en 1ère au lycée Ronsard. C’est l’explication de notre présentation : le lycée Ronsard, “l’excellence à portée de tous”.”

L’excellence à la portée de tous ? Je devrais peut être faire un stage là-bas, histoire de me remettre à niveau, non ?

En attendant, élève Donada, au piquet !

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Vendredi 4 avril 2008


Par Isabelle Vial

Il fut très intéressant pour nous, qui furent des bébés en Mai 68, de demander aux adolescents d’aujourd’hui ce qu’ils pensaient des “événements”de Mai.

Première surprise : ils connaissent bien l’événement (76% selon notre sondage) ce qui peut paraître étonnant pour des jeunes qui ne sont ni les enfants ni les petits-enfants des soixante-huitards, mais plutôt les “enfants des petits frères des soixante-huitards”, selon le sociologue François Dubet (les enfants de ceux qui ont “fait” Mai 68 ont plutôt entre 30 et 40 ans aujourd’hui).

Autre surprise : les jeunes seraient très majoritairement prêts à refaire Mai 68 ! Sur ce point, le sociologue François Dubet nous éclaira de la façon suivante :

“Les changements de Mai 68 ont été “avalés” , “digérés” par la société française. Il y a davantage de consensus autour de Mai 68 que sur la Commune ou la Révolution Française. Ce n’est pas un clivage radical. Pour les jeunes, les années 60 symbolisent la jeunesse. Ce mouvement leur apparaît comme un combat joyeux. Ce que les jeunes d’aujourd’hui envient de cette époque, c’est le combat pour la liberté. La liberté, c’est joyeux, optimiste, énivrant, on est dans la conquête, on a de l’espoir. Les jeunes d’aujourd’hui, eux,  s’inscrivent dans une société “de libération”, et la libération, c’est moins drôle que le combat pour la liberté : quefaire de cette liberté ? Quelles options prendre ? Quels chemins suivre ?. La libération, à la différence de la liberté, conclut-il, va de pair avec des angoisses.”

Autre interprétation passionnante de notre sondage, délivrée cette fois par le psychiatre Patrice Huerre, qui rencontre des adolescents à longueur d’année : ” Certains adultes d’aujourd’hui préfèrent voir leurs enfants rester immatures, quitte à s’en plaindre, d’ailleurs. D’autant que les adultes souhaitent protéger leurs enfants des dangers de la vie. Car les autoriser à grandir signifierait qu’eux-mêmes (les parents) vieillissent ! Or dans notre société, il vaut mieux rester jeune. Mais comment autoriser ses enfants à grandir si soi-même, on n’accepte pas de vieillir ? ”

Autre constat de Patrice Huerre sur les parents d’aujourd’hui, baignés d’idées post soixante-huitardes : ” Au nom de l’amour qui doit à tout prix régner dans les familles, les adultes n’autorisent plus les jeunes à s’opposer à eux, à entrer en conflit, donc à grandir. Même si personne ne veut revenir en arrière, on s’aperçoit qu’il était plus facile d’en vouloir à ses parents quand ils vous disaient : “Tais-toi !”. Aujourd’hui, les jeunes ne peuvent plus leur en vouloir, ni entrer en conflit avec eux. Du coup, ils retournent parfois cette opposition contre eux en s’automutilant, ou en se mettant en position d’échec scolaire”.

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Jeudi 3 avril 2008


Par Gilles Donada 

L’émission Grand angle de la radio RCF de ce vendredi 4 avril, à 9h, animée par Frédéric Mounier, est consacrée à notre dossier sur Mai 68 (écouter l’émission). Avec en studio :

  • La sociologue Christine Fauré, sociologue et auteur de Mai 68, jour et nuit (Gallimard Découvertes, 2008) et de Mai 68 en France ou la révolte du citoyen disparu (Ed. du Seuil, 2008). Elle est intervenue dans notre séquence “Les objets de la rue” (p. 39)
  • Alain Geismar, leader étudiant de l’époque, syndicaliste enseignant, auteur de Mon Mai 68 (Ed. Perrin, 2008). Interviewé dans notre dossier p. 41 aux côtés d’autres témoins de de l’époque : André Bergeron, ancien secrétaire général du syndicat FO et Maurice Grimaud, préfet de police de Paris (lire leurs témoignages).
  • et votre serviteur…

Et par téléphone : Bernadette Costa-Prades, auteur de Tu te souviens de 68 (Albin Michel, 2008) ; l’écrivain et essayiste Jean-Claude Guillebaud, interviewé dans notre dossier p. 37 (”Les jeunes rapplelent les soixante-huitards à leurs promesses”).

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Jeudi 3 avril 2008


Par Gilles Donada 

Notre grande enquête sur Mai 1968 (Pèlerin n°6540 du jeudi 3 avril 2008) inaugure un rendez-vous annuel que Pèlerin, et son service Famille, veut donner aux lecteurs en publiant un sondage et une enquête qui recueillera le point de vue des jeunes sur notre société. Premier rendez-vous de ce baromètre jeunesse :  l’anniversaire de Mai 1968, vu par les 15-25 ans.

A côté de notre sondage exclusif TNS Sofres, nous voulions rencontrer des jeunes pour qu’ils nous donnent leur opinion sur le mouvement de Mai. L’idée était de mesurer l’écart (ou la proximité) entre la génération 68 et la génération 2008.

Il ne restait plus qu’à trouver un lieu de reportage….  Je suis descendu  à la doc pour tenter de dénicher une ville qui aurait participé aux événements de Mai. En compulsant les dossiers d’archives, j’ai eu la joie de tomber sur une coupure du Monde datée du 28 septembre1968,  et intitulée : “La révolte de mai à travers les livres”.

Dans une recension signée Alain Duhamel, je découvre l’ouvrage du journaliste Georges Chaffard, “Les orages de Mai” (éditions Calmann-Lévy, Paris 1968) qui raconte le mouvement de mai et les élections qui ont suivi dans la circonscription de Vendôme. “Les Vendômois ont fait connaissance avec la “révolution”, écrit Alain Duhamel, le jour où cent cinquante lycéens scandant dans la rue “Libérez la Sorbonne” ont lancé le mouvement bien vite amplifié par des grèves”.

Je tenais mon lieu ! Grâce à une rapide recherche sur internet, j’apprends qu’il n’y a qu’un seul lycée à Vendôme, le lycée Ronsard. Je commande sur une librairie en ligne le livre (épuisé) de Georges Chaffard et j’envoie un e-mail à l’établissement en présentant ma requête.

Après plusieurs jours de silence, je décide d’appeler le proviseur, le charmant M. Alfred Piélot qui est tout à fait partant pour accueillir deux reporters de Pèlerin. Il se charge de trouver deux classes aux profils différents : des Terminales littéraires et des BEP Vente action marchande, qui prépareront la rencontre avec leurs professeurs. Le rêve !

 Le jour J, le photographe Gil Fornet et moi-même (Gil et Gilles !) débarquont à Vendôme, après seulement 40 mn de TGV. Un bus nous dépose devant le campus de l’établissement situé en périphérie.

[Consultez l’album photo
de notre reportage
au Lycée Ronsard de Vendôme]

Le proviseur, M. Alfred Piélot, casquette marine vissée sur le crâne,  nous accompagne visiter l’établissement, qui a déménagé dans les années 1970 du centre ville. Récemment réhabilité, le lycée, distribué en plusieurs bâtiments, est vaste et aéré. Cela donnerait presque envie de retourner en classe !

Au passage, nous découvrons la salle polyvalente, tapissée de briques chaudes, qui permet d’organiser aussi bien des concerts que des conférences, des pièces de théâtre ou des verres de l’amitié.

Justement, ce jour-là, des parents et des professeurs venus d’Espagne partagent un apéritif : durant une quinzaine de jours les parents d’élèves de Ronsard hébergent une classe d’Espagnols qui suivent les cours au lycée. La quinzaine suivante, ce sera au tour des Français d’être reçus dans un établissement et des familles espagnoles…

Deux heures de rencontre avec les lycéens

Dans la salle en U, dix-huit paires d’yeux me fixent. C’est la classe de philosophie (Terminale) de Mme Maï-Linh Eddi.

Je leur explique l’objet et le déroulement de notre recontre. Gil leur prie de l’oublier pendant qu’il se glisse, tel un sioux, autour des tables pour prendre ses clichés. Je les fais réagir aux questions du sondage. Ils sont attentifs, réactifs, prompts à partager leur point de vue dans le respect, même quand ils ne sont franchement pas d’accord. Au bout de deux heures, on convoque même Nietsche et la Bible ! Impressionnant !

Autre ambiance avec la rencontre d’une classe de BEP Pro Vente action marchande, avec leurs professeurs Pascale Goumet-Beauvais (français et histoire-géo) et Yves Marchand (le bien nommé !), professeur de vente et techniques commerciales…

La décoration de la salle est à propos : un “Love” rouge et jaune (me renvoyant au slogan plébiscité par les jeunes dans notre sondage : “Faites l’amour, pas la guerre”) couvre le mur du fond de cette salle, dotée d’une caisse enregistreuse, d’un mannequin pour recréer l’ambiance d’une boutique.  

Plus timides au départ que leurs camarades de Terminale, 17 élèves gagnent en spontanéité et n’hésitent pas à prendre la parole, même si certains ont du mal à trouver leurs mots, pour donner leur avis de façon fine et décontractée.

Moi qui ai l’habitude d’interviewer des adultes, je m’aperçois que j’ai des progrès à faire pour me faire comprendre : je dois reformuler mes expressions par trop sybillines ou abstraites, préciser ma pensée et mes questions, les éclairer par des exemples….

Avec les BEP Pro, Gil a plus de mal à travailler : dès que certains (en fait, certaines…) s’aperçoivent qu’elles sont dans le viseur de son appareil photo les rires et les gloussements fusent et les visages virent au pivoine…

Des jeunes qui veulent être pris au sérieux

Deux profils de classe différents qui produisent le même effet tonifiant sur moi. Je sens chez les uns comme chez les autres,  une énergie, une générosité qui ne demande qu’à trouver un canal pour se diffuser. Cette génération appelle un regard confiant des adultes sur toutes ces potentialités qui ne demandent qu’à être encouragées pour s’exprimer.

Une remarque, lancée par Vincent, élève de Terminale littéraire, m’a frappé. Il expliquait combien il avait été agacé par une boutade du Proviseur, lancée lors d’une rencontre sur le thème de l’orientation : “A votre âge, on tombe amoureux chaque semaine”.

Si Vincent et ses camarades reconnaissent, en riant,  l’influence des hormones sur leur comportement (”ça nous travaille encore !”), ils supportent mal l’idée d’être réduits à cette image.

Derrière cette réaction épidermique, j’ai perçu le désir légitime d’être pris aux sérieux. Au-delà de cette anecdote, je reste frappé par la façon dont les adultes utilisent, parfois inconsciememnt, des arguments qui disqualifient le point de vue des plus jeunes  (”C’est de ton âge !”, “Il faut bien que jeunesse se passe”, “tu verras plus tard…”). Nadège ajoutait : “Sur le plan affectif, nous ne sommes quand même pas si différents des adultes !”

Je partage leur point de vue. Je suis toujours ulcéré par ceux, qui, parmi nous les adultes, ont tendance à projeter sur leurs cadets, leur amertume, leurs remords ou leurs regrets,  leurs illusions perdues, leur peur de l’avenir, plutôt que d’encourager les jeunes en les invitant à déployer leur génie propre et leurs talents.

Et, comme le souligne Nadège, arrêtons d’opposer les adultes et les jeunes, comme si ces derniers venaient d’une autre planète… Aujourd’hui, il est vrai que le terme même de “jeunes” est devenu péjoratif : dans les médias, il est souvent synonyme de “délinquant” ! (”Des bandes de jeunes….”)

Je vous conseille de lire la note qu’Iz de TiGiliZ sur le miroir que nous tendent les jeunes.

Ce reportage fut l’occasion de découvrir les anciens locaux du Lycée Ronsard (aujourd’hui ceux de l’hôtel de ville), situé en plein centre ville, en compagnie d’un guide de choix : Isabelle Renou, proviseur adjoint, qui apris sur son temps de travail pour nous faire la viste. C’est de là que la génération 68, que peignait Georges Chaffard, était partie pour manifester en ville….

Dans le TGV qui nous ramenait vers Paris, j’avais la conviction que la génération vendômoise 2008 avait conservé la même capacité de mobilisation que ses aînés même si ce n’est plus pour les mêmes mots d’ordre.

Lorsque j’ai demandé aux élèves de Ronsard de m’inventer de nouveaux slogans capables de les mobiliser, voici ce qu’ils m’ont répondu :  ”N’aie pas honte de ton passé familial ni de ton pays”, dit Mustafa ; “Réfléchis avant de voter”, improvise Ayhan. “Stop aux inégalités !”, conclut Mégane.

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Mardi 1 avril 2008


Gilles Donada 

Que reste-t-il de Mai 1968 ? Eh bien, je dirais sous forme de boutade : le tandem GiliZ de TiGiliZ ! Je m’explique :  Gil (Gilles, c’est-à-dire celui qui vous écrit présentement) et iZ (Isabelle, ma voisine de derrière) sommes les enfants du fameux mois de mai : Isabelle est née le 1er avril 1968 - c’est aujourd’hui son anniversaire ; reprenons tous en choeur :Jo-yeux-a-nni-ver-saire, Isabelle ! - à Malo-les-Bains (Nord-Pas-de-Calais), et moi le 15 mai 1968 à Paris XIVème. Le Ti de TiGiliZ, en revanche, est moins directement concerné puisqu’il avait 7 ans à l’époque des faits.

Marqués du sceau 68 dès notre naissance, le GiliZ était donc prédestiné à traiter ce dossier Mai 1968 à découvrir dans votre hebdo Pèlerin ce jeudi 3 avril 2008. Nous avons travaillé avec nos amis de la cellule reportage (coucou à Philippe Demenet, France Lebreton et Benoît Fidelin !).

Pour vous mettre en appétit, voici les spots radio (Spot radio 1 Pèlerin mai 68 / Spot radio 2 Pèlerin mai 68 / Spot radio 3 Pèlerin mai 68) qui seront diffusés à partir de jeudi sur RTL, Europe 1, Sud Radio, RCF, Radio Notre-Dame, entre autres.

Notre angle - les 15-25 ans jugent Mai 1968 - nous a permis d’échapper aux querelles des adultes : pour ou contre Mai 1968 ? Pour les jeunes que nous avons interrogés dans notre sondage exclusif Pèlerin TNS Sofres et pour les lycéens que nous avons rencontrés, le sujet ne fait absolument plus débat.

Ce qui nous a laissé tout le loisir d’approfondir leur proximité avec les aspirations et les slogans de Mai 68 mais aussi leur distance vis-à-vis des revendications de leurs aînés. Une enquête passionnante !

Dernière confidence : Mai 68 évoque surtout, pour moi, les affres dans lesquels mes parents ont été plongés le jour de ma naissance.  Né prématuré à 7 mois (oh, le pauv’ chou !) , j’ai dû être transporté d’urgence à l’hôpital dans un Paris hérissé de barricades et de tumultes.

Mon père et ma mère redoutaient que, sur le trajet,  des manifestants se cachent dans l’ambulance pour échapper aux charges des CRS et que ces derniers nettoient l’habitacle à coups de matraques, envoyant valdinguer la précieuse couveuse…

Vous pouvez vérifier hic et nunc que ces craintes étaient infondées !

J’ai grandi dans le récit de ce “roman des origines” que mes parents m’ont souvent raconté à tel point - je m’en rends compte en vous écrivant - que j’ai presque l’impression d’avoir assisté à la scène de la baston entre CRS et étudiants depuis ma couveuse ! Et, à ce jour, je ne sais pas comment s’est déroulé précisément le fameux trajet maternité-hôpital…

Autrement dit (et là, je bascule dans le hors-piste d’une psychanalyse sauvage), j’ai fait miennes les craintes de mes parents au point de leur donner une certaine réalité dans ma vie, du moins en imagination, alors qu’elles ne coïncident pas avec la réalité objective de ce qui s’est passé ce jour-là.

Les psys disent que les bébés sont comme des éponges : ils captent les sentiments - positifs comme négatifs - des parents (ces derniers ne doivent pas culpabliser : les sentiments, ça ne se commande pas !)… En tout cas, il est étonnant de constater combien “un récit familial” influe sur la construction de l’image qu’on a de soi… Bon, j’arrête là cette introspection nombrilesque. Et de toute façon, c’est un autre sujet.

Rendez-vous jeudi en kiosque (ou dans votre boîte à lettres, si vous êtes abonné) et sur ce blog pour la suite des coulisses et des réflexions suscitées par  notre enquête sur Mai 68.

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