Par Gilles Donada
Dans cette affaire d’annulation de mariage pour cause de non-virginité, nous avons eu envie de recueillir le point de vue du Père Benoît Sévenier, aumônier national des centres de préparation au mariage. Une analyse éclairante.
Comment avez-vous réagi à l’annulation du mariage pour non-virginité ?
- Cette affaire met en lumière une détresse peu nommée : celle de ces femmes qui vivent une discrimination qui peut les pousser au suicide ou dégénérer en représailles familiales, voire « crime d’honneur » (un meurtre par l’un des membres de leur famille pour « laver » l’honneur du groupe).. J’ai moi-même personnellement été en contact par mail avec des femmes qui vivaient cette inquiétude autour de la virginité pour le mariage.
A quelle occasion ?
- Il y a quelques années, suite à la publication sur notre site d’un texte sur la virginité avant le mariage. J’avais reçu de nombreux courriels de femmes maghrébines qui pensaient que chrétiens et musulmans partageait la même vision de la virginité.
Certaines me demandaient des adresses de chirurgiens qui leur permettent de reconstruire l’hymen. D’autres voulaient savoir jusqu’où aller dans les rapports intimes pour ne pas porter atteinte à la virginité ! Quelle violence vécue ! Je les avais réorientées vers des associations de femmes qui accompagnent les femmes victimes de discriminations.
Quelle est la vision chrétienne sur cette question ?
- Il faut d’abord se mettre au clair sur les mots qu’on utilise pour ne pas tout mélanger. L’Eglise invite les futurs époux à la continence jusqu’au mariage. La continence, c’est l’absence de rapports sexuels. Pourquoi ? Parce que, pour l’Eglise, la sexualité humaine réunit le plaisir, la relation et la fécondité. La dissociation de ces trois dimensions ne permet pas un accomplissement de l’être humain. Ces trois aspects sont unifiés par un don total de soi, don vécu dans le mariage.
La virginité, quant à elle, indique le fait de n’avoir jamais eu de rapports sexuels. La virginité n’est pas une fin en soi. Saint Augustin est père de famille avant d’être l’évêque connu de tous. D’autres saints ont eu une vie affective peu rigoureuse avant de choisir le Christ. Leur absence de virginité ne les as pas empêchés de vivre la chasteté.
Le mot « chasteté » est à l’origine de nombreux contre sens. On le confond avec la continence. La chasteté, c’est la capacité de respecter l’autre pour ce qu’il est, de trouver la bonne distance, d’accepter sa différence, son altérité. Les prêtres et les moines sont appelés à vivre la chasteté dans la continence, les couples la vivent dans l’union sexuelle.
Qu’est-ce que cette affaire révèle ?
- Sur le fond, il s’agit du risque d’oublier qu’un être humain est indissociablement un corps, un cœur et une âme. Un aspect biologique ne dit pas le tout de la personne. Dans un texte sur la maternité, le cardinal Ratzinger, alors préfet de congrégation pour la doctrine de la foi, mettait en garde contre « toute prétention d’enfermer les femmes dans un destin qui serait simplement biologique ».
Dans cette affaire, il semblerait que cet homme ne voulait pas vivre en paix avec une femme qui n’était pas vierge. Par ailleurs, cela pose la question de la réciprocité dans le couple. Exige-t-on de l’homme qu’il prouve sa virginité avant le mariage Enfin, il me semble que le pardon, ouverture de l’avenir à l’autre fait partie de l’amour. La vérité est un chemin à construire, elle se vit dans le pardon. Comment la dimension relationnelle du mariage est-elle si absente des commentaires ?



