Jeudi 5 juin 2008


Par Gilles Donada

Dans cette affaire d’annulation de mariage pour cause de non-virginité, nous avons eu envie de recueillir le point de vue du Père Benoît Sévenier, aumônier national des centres de préparation au mariage. Une analyse éclairante.

Comment avez-vous réagi à l’annulation du mariage pour non-virginité ?
- Cette affaire met en lumière une détresse peu nommée : celle de ces femmes qui vivent une discrimination qui peut les pousser au suicide ou dégénérer en représailles familiales, voire « crime d’honneur » (un meurtre par l’un des membres de leur famille pour « laver » l’honneur du groupe).. J’ai moi-même personnellement été en contact par mail avec des femmes qui vivaient cette inquiétude autour de la virginité pour le mariage.

A quelle occasion ?
- Il y a quelques années, suite à la publication sur notre site d’un texte sur la virginité avant le mariage. J’avais reçu de nombreux courriels de femmes maghrébines qui pensaient que chrétiens et musulmans partageait la même vision de la virginité.

Certaines me demandaient des adresses de chirurgiens qui leur permettent de reconstruire l’hymen. D’autres voulaient savoir jusqu’où aller dans les rapports intimes pour ne pas porter atteinte à la virginité ! Quelle violence vécue ! Je les avais réorientées vers des associations de femmes qui accompagnent les femmes victimes de discriminations.

Quelle est la vision chrétienne sur cette question ?
- Il faut d’abord se mettre au clair sur les mots qu’on utilise pour ne pas tout mélanger. L’Eglise invite les futurs époux à la continence jusqu’au mariage. La continence, c’est l’absence de rapports sexuels. Pourquoi ? Parce que, pour l’Eglise, la sexualité humaine réunit le plaisir, la relation et la fécondité. La dissociation de ces trois dimensions ne permet pas un accomplissement de l’être humain. Ces trois aspects sont unifiés par un don total de soi, don vécu dans le mariage.

La virginité, quant à elle, indique le fait de n’avoir jamais eu de rapports sexuels. La virginité n’est pas une fin en soi. Saint Augustin est père de famille avant d’être l’évêque connu de tous. D’autres saints ont eu une vie affective peu rigoureuse avant de choisir le Christ. Leur absence de virginité ne les as pas empêchés de vivre la chasteté.

Le mot « chasteté » est à l’origine de nombreux contre sens. On le confond avec la continence. La chasteté, c’est la capacité de respecter l’autre pour ce qu’il est, de trouver la bonne distance, d’accepter sa différence, son altérité. Les prêtres et les moines sont appelés à vivre la chasteté dans la continence, les couples la vivent dans l’union sexuelle.

Qu’est-ce que cette affaire révèle ?
- Sur le fond, il s’agit du risque d’oublier qu’un être humain est indissociablement un corps, un cœur et une âme. Un aspect biologique ne dit pas le tout de la personne. Dans un texte sur la maternité, le cardinal Ratzinger, alors préfet de congrégation pour la doctrine de la foi, mettait en garde contre « toute prétention d’enfermer les femmes dans un destin qui serait simplement biologique ».

Dans cette affaire, il semblerait que cet homme ne voulait pas vivre en paix avec une femme qui n’était pas vierge. Par ailleurs, cela pose la question de la réciprocité dans le couple. Exige-t-on de l’homme qu’il prouve sa virginité avant le mariage Enfin, il me semble que le pardon, ouverture de l’avenir à l’autre fait partie de l’amour. La vérité est un chemin à construire, elle se vit dans le pardon. Comment la dimension relationnelle du mariage est-elle si absente des commentaires ?

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Jeudi 5 juin 2008


Par Gilles Donada

L’affaire de l’annulation du mariage pour cause de non-virginité a plongé notre service dans la perplexité, voire le malaise. Comment y voir clair parmi tous ces commentaires mêlant sans distinction arguments juridiques, politiques, moraux, culturels, idéologiques, religieux ? Et toutes nos pensées finissaient par converger vers cette femme répudiée…

Dans cette affaire, cette femme a été réduite par son mari au rang de marchandise avariée avec la complicité inconsciente de la justice.  On parle beaucoup de la judiciarisation des relations professionnelles, mais la gangrène s’étend désormais à toutes les relations humaines, et notamment familiales.

On voit se multiplier les procès d’enfants contre leurs parents, de petits-enfants contre leurs grands-parents, et, bien sûr, ce n’est plus nouveau, de mari contre épouse, et réciproquement. Désormais, on préfère “régler” les problèmes relationnels au tribunal plutôt que de se parler. D’où le boom du métier de médiateur qui permet d’agir en amont du tribunal en facilitant le règlement de litiges et évitant l’engorgement de ce dernier.

Coïncidence amusante, je viens à l’instant de recevoir un communiqué de presse de l’Institut catholique annonçant pour le 14 juin la célébration de la fête de la médiation !

Ce phénomène de judiciarisation des relations humaines se conjugue à une logique contractuelle. Inspirée du droit commercial, la mentalité contractuelle cherche à envisager tous les cas de figure qui vont se présenter dans une vie afin de régler par avance les droits et les devoirs de chacun sous forme de clauses pointilleuses et tarabiscotées. Quelle vision de la vie ! “Chéri,  ce soir je sors avec des copines ce soir ! - Un instant, mon amour, je regarde ce que prévois l’article BX-42-457 de notre contrat de mariage.”

Cette logique est inhumaine car oublie que la vie est imprévisible et qu’elle est une surprise. Dans la vie de couple, elle se traduit par une logique d’alliance. Quand je dis oui à celle que j’aime, je ne connais pas tout de son passé affectif, sexuel, génétique, éducatif, ni elle du mien. D’ailleurs, je me connais si peu moi-même… Est-il raisonnable de penser que je serai exactement le même dans 10, 15, 30, 50 ans ?

Le oui que je te donne aujourd’hui est un pari, une promesse de vie,  une sorte de folie. C’est vrai, je ne sais pas ce que l’avenir nous réserve en bon comme en mauvais (mais ne dit-on pas qu’on “se marie pour le meilleur et pour le pire”) mais je sais une chose : ce risque, cette aventure, c’est avec toi que je veux la vivre  !

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Vendredi 30 mai 2008


Par Gilles Donada

La boisson Red Bull

La nouvelle a fait des bullles cette semaine : la boisson énergisante Red Bull sera en vente libre en France à partir du 15 juillet, après douze ans d’interdiction. Argument du ministère de l’Economie qui a donné son feu vert : le produit est déjà autorisé dans 25 pays européens sur 27… Pourtant, rappelle la Parisien, qui a consacré deux pages au sujet dans son édition du 29 mai, l’Agence française de sécurité sanitaire recommande de ne pas pas dépasser l’absorption de deux canettes par jour…

Composée de caféine (l’équivalent d’un café bien serré) et de taurine (un acide aminé découvert en, 1827 dans la bile de taureau et présent dans des aliments comme le poisson et les crustacés), cette boisson cible en priorité les ados et s’inscrit dans le culte de la performance ambiant dont le credo pourrait se résumer à “Pour vivre mieux, vivons dopés !”

A ce niveau, on est bien d’accord, il s’agit “simplement” de substances énergisantes, de cocktails de vitamines… Mais en instillant insidieusement l’idée qu’il est “cool” de prendre des produits stimulants, on prépare le terrain à la prise d’autres substances moins licites. Et faire la promotion du Red Bull - boisson énergétique qui élimine les toxines durant l’effort physique et combat les crampes musculaire et la fatigue - tout en menant des campagnes contre le dopage, n’est-ce pas un peu schizophène ?

Pour vendre ce soda jaune, le fabricant joue sur l’image du taureau, stylisé sur la canette, pour y associer des notions de force, de puissance, d’invicibilité. Et les mômes tombent dans le panneau. Mon fils de 11 ans est revenu du collège la semaine dernière en me soutenant mordicus que le Red Bull est à base de testicules de taureau !

Autre inquiétude : cette boisson réduit la sensibilité à l’alcool. Schizophrénie, encore. D’un côté, les pouvoirs publics s’inquiètent de l’alcoolisation croissante des ados à travers des pratiques comme le Binge drinking (en Angleterre et en Irlande) ou le botellón (en Espagne) qui consistent à boire le plus d’alcool possible en très peu de temps, parfois jusqu’à perdre conscience ;  de l’autre, les mêmes pouvoirs publics autorisent la mise en circulation d’un produit qui neutralise le système d’alarme naturel et permet de boire plus sans s’en rendre compte.

Les parents et les éducateurs, quant à eux, voient rouge.

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Mardi 27 mai 2008


Par Gilles Donada

La maison en bois gaillard3.jpg

Qui n’a jamais rêvé de se construire sa cabane ? A 8 Km de Reims, Stéphane (47 ans) et Mélissa (37 ans), parents de Caroline (11 ans), ont fait mieux que cela : ils ont construit une maison intégralement en bois et retracent cette aventure dans leur blog, intitulé Los 3 Gaillardos.

Photos à l’appui, nous les suivons, durant plus d’un an, à chaque étape , depuis l’achat du terrain jusqu’au montage et à l’aménagement intérieur.  Une maison qui leur a coûté 200 000 € TTC (hors prix du terrain).

Pourquoi ce choix d’une maison en bois  ? “Quand j’étais enfant, raconte cet instituteur né à Châlons-sur-Marne, j’allais avec mon père dans les Vosges. Je garde un bon souvenir des châlets dans lesquels nous logions du côté de Gérardmer.”

Le projet “farfelu” n’a pas vraiment supris sa famille et ses amis. “Ils ont l’habitude avc moi !”, rit Stéphane qui a enseigné le Français durant 13 ans à l’étranger (en Turquie mais aussi en Colombie, en Argentine et à Puerto Rico.) C’est d’ailleurs sur une petite île des Antilles néerlandaises qu’il a rencontré sa femme, Mélissa, qui est Hollandaise.

Dans leur village la Marne, qui compte 900 habitants, l’apparition de la maison en bois a fait plus d’un heureux. “Nos voisins nous disent qu’en la voyant, ils ont l’impression d’être en vacances !”, sourit Stéphane.

Début mai, la famille a achevé la construction d’un abri jardin en bois, dont l’achat a été financé, entre autres, par les économies réalisées sur le prix des cigarettes (Stéphane a arrêté de fumer !)

Des projets ? “Nous avons la bougeotte, conclut Stéphane, quand Caroline aura quitté la maison nous aimerions déménager dans une autre région pour construire une nouvelle maison en bois.”

L’initiative de Stéphane n’a rien d’une lubie. Comme le rapporte la journaliste Marie  Boëton dans un article de La Croix du mardi 27 mai 2008 : “Les maisons en kit rencontrent un succès grandissant”.  Géraud Maître, responsable d’une jeune entreprise aveyronnaise de construction, y explique : “La maison en bois à bas prix correspond aux revenus des Français, à leur goût pour le bricolage, à leur désir d’occuper leur temps libre et à leur volonté de vivre dans une habitation respectueuse de l’environnement”.

PS Si vous aussi, vous connaissez des blogs qui parlent d’expériences vécues en couple ou en famille, indiquez-les moi !

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Dimanche 25 mai 2008


Par Gilles Donada

Aujourd’hui, les familles célèbrent la fête des mères. Pas toutes, cependant car pour un certain nombre de parents, la fête des mères aurait des relents idéologiques nausébonds : elle aurait été inventée par le Maréchal de Pétain et le régime de Vichy.

Le sociologue Eric Donfu vient opportunément rétablir la vérité… historique. “La fête des mères, précise-t-il,  est en fait une fête vieille comme le monde, internationale et quasi universelle !”

Il rappelle qu’elle était “déjà célébrée dans l’Antiquité par les Grecs, qui fêtaient Rhéa et la fécondité et par les Romains qui célébraient les Matraliae, du mot latin mater qui veut dire mère. […] La fête des mères telle que nous la connaissons aujourd’hui, est née à Boston, aux États-Unis, en 1872, à l’initiative de Julia Ward Howe. Cette idée fut reprise au début du XXe siècle par une institutrice, Ana Jarvis : inconsolable après la perte de sa mère, elle remua ciel et terre pour faire accepter l’idée d’une fête nationale célébrant toutes les mères. Et elle obtint gain de cause. Si le Mother’s Day est fêté depuis 1912 aux États-Unis le deuxième dimanche de mai, c’est parce que c’est le jour où Ana perdit sa maman adorée.

Contrairement à la légende, cette fête n’est donc pas une invention de Vichy. Elle fut célébrée pour la première fois en France au mois de juin 1906, dans l’Isère, sur l’initiative de l’Union fraternelle des pères de famille. Elle avait déjà été évoquée par Napoléon en 1806 et fut proclamée le 9 mai 1920, dans le but de célébrer les familles nombreuses et d’encourager le repeuplement de la France après l’hécatombe de la guerre de 1914-1918. La première cérémonie eut lieu le 20 avril 1926. Si Pétain l’utilisa en 1941 pour faire la propagande de la bonne ménagère soumise et dévouée, c’est après la Libération qu’elle fut officialisée par la loi du 24 mai 1950, afin « que la République française rende officiellement hommage aux mères ». Et les conquêtes des femmes ne remirent pas en cause ce symbole familial.”

Voilà qui enlève un prétexte à tous ceux qui cherchaient une excuse pour ne pas célébrer ce jour ! 

Allez, sans rancune et… bonne fête maman !

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Vendredi 23 mai 2008


Par Gilles Donada

Vous n’avez sûrement pas échappé cette semaine au défi lancé par ces 250 élèves de l’école Ziegelwasser, située en banlieue de Strasbourg. Ces petits téméraires, âgés de 6 à 11 ans, ont décidé de passer dix jours sans écran de télévision, d’ordinateur ou de jeu vidéo.

Psys, profs, éducateurs ont applaudi à cette initiative, intitulée “Défi, 10 jours pour voir autrement”,  qui vise à endiguer ce qui est décrit comme une véritable addiction infantile. Selon l’un des concepteurs de l’opération, les enfants passeraient en effet 1200 heures par an devant leur écran de télévision contre 800 h à l’école…

Chez les parents interviewés, on sentait cependant poindre un certain scepticisme quant à la capacité de résistance de leur progéniture… 

J’ai une autre hypothèse qui pourrait expliquer ce pseudo scepticisme : par un phénomène de “projection” bien connu des psys, les adultes attribuent à leurs gamins ce qui n’est, en fait, que leur propre inquiétude. Car, en toute logique - et pour montrer l’exemple -  ils seront eux aussi privés de télé pendant 10 jours. 

Et pour eux, le défi prend une autre ampleur si l’on regarde les chiffres : selon l’institut Médiamétrie,  la fameuse ménagère de moins de 50 ans a consommé, en 2007, 3h40 de télé par jour contre “seulement” 2h12 pour les enfants de 4 à 14 ans…

Imaginez l’horreur ! Vous rentrez harassé du travail. Derrière la porte, votre enfant vous attend tout guilleret pour jouer à la bataille navale ou à une partie de cache-cache dans le parc voisin. Pendant que vous préparez le repas, votre rejeton gambade dans vos pattes, au lieu de rester bien tranquillement rivé à son jeu vidéo ou à ses dessins animés. Bref, pas une seconde pour souffler !

Vous espérez un peu de répit à table ? Illusion ! Il faudra trouver d’autres sujets de discussions que les réactions aux reportages du 20h ou les ultimes rumeurs sur la vie privée des héros de votre série télévisée favorite.

Mais tout cela n’est rien comparé à ce qui vous attend le week-end. A vous de programmer, sorties, activités communes ou trouvailles pour que les enfants s’occupent tous seuls! 

Le samedi soir, vous vous délecterez d’une interminable partie de ce bon vieux Monopoly, ou, avec un peu de chance, votre gamin vous offrira une initiation gratuite au jeu de cartes Pokémon !

A mon avis, les premiers à craquer ne seront pas ceux qu’on croit.

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Vendredi 16 mai 2008


Par Gilles Donada 

 Pluie de météorites

Voici une petite expérience scientifique très divertissante qui m’a été soufflée par Bertrand Flouret de l’observatoire de Paris. L’objectif ? Recueillir des poussières de météorites. Gratifiant, non ?

Il suffit de se munir d’une large bassine (évitez celles qui sont trop creuses), remplissez-la à moitié d’eau et placez-la sur un point haut à ciel ouvert, évidemment.

Après deux ou trois  jours, passez un aimant à la surface de l’eau : toutes les particules qui seront attirées sont de la poussière de météorites. Celle-ci a, en effet, la propriété de flotter et d’être métalique. Un petit conseil : emballez votre aimant dans un film plastique : vous pourrez plus aisément retirer les particules ainsi recueillies.

Si vous voulez connaître les meilleures périodes pour sortir votre bassine, reportez vous à ce site qui indique les ”principaux essaims météoritiques” ainsi que leur date de passage dans notre hémisphère.

Si vous avez testé l’expérience, racontez-la moi !

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Vendredi 9 mai 2008


Par Timothée Duboc 

Prolongeant le dossier Famille qui explore le thème du mensonge et qui paraît cette semaine dans le n°6545 de Pèlerin (daté du 8 mai), Emmanuelle Lepetit, la journaliste qui a signé l’article, nous  fait part du témoignage que lui a confié Sylvie, 45 ans, dont la mère a toujours refusé de dire la vérité sur son père :  

« Au début, je ne savais pas. Puis, j’ai compris. Quand j’étais petite, aussi loin que je me souvienne, ma mère était mariée. Son mari était très gentil avec moi. Mais il n’était pas de la même couleur que moi. J’ai compris qu’il ne pouvait pas être mon père.

Bientôt, j’ai eu un frère. Puis une sœur. Eux aussi n’étaient pas de la même couleur que moi. J’ai commencé à poser des questions à ma mère et elle m’a dit : « tu es trop jeune pour comprendre ». Mon beau-père, lui, ne disait rien. J’ai attendu : rien n’est venu.

A l’adolescence, je me suis sentie très mal, j’ai recommencé à interroger ma mère. Elle éludait les questions. J’ai compris, toute seule, que je devais être une enfant illégitime, née hors mariage, d’une première liaison. A l’époque, cela signifiait beaucoup, surtout à la campagne (nous vivions en Bretagne). Ma mère devait se sentir coupable, elle voulait faire une croix sur cette partie de sa vie en la cachant, par le silence. J’ai grandi avec ce secret, ce silence.

Bientôt, j’ai arrêté de poser des questions. J’avais honte. J’imaginais le pire : un inceste, un viol, qui sait ? Je n’osais plus parler. A ma majorité, je suis partie, très vite. Je me suis mariée. Je suis tombée enceinte. Mon mari s’est noyé peu avant que j’accouche. Mon fils n’a pas connu son père. J’ai beaucoup souffert, c’est comme si l’histoire se répétait mais j’ai tout raconté à mon fils. Je lui ai parlé de son père. Je lui ai dit que je ne connaissais pas le mien. Je ne voulais pas qu’il souffre comme moi et, en effet, il va bien, c’est un garçon épanoui.

Il y a quelques années, je suis tombée malade du zona. Aujourd’hui la maladie me paralyse : je suis clouée sur un fauteuil roulant. A vrai dire, je ne sais pas si c’est cette maladie qui me paralyse. Il y a deux ans, avec mon fils, nous sommes allés chez ma mère : nous voulions obtenir la vérité. Nous avons osé poser des questions. Elle s’est murée dans le silence. Elle a 67 ans. J’en ai 45, mon fils en a 17. Il suffirait d’un nom, de quelques phrases, pour nous libérer tous les trois. Pour surtout me libérer moi. Le pire, c’est que je n’arrive pas à ressentir de colère ou de haine pour ma mère. En quelque sorte,  je n’existe pas. »

Echo d’une souffrance indicible, qui contraste avec la tonalité des autres témoignages recueillis par Emmanuelle Lepetit et qui nourrissent le dossier, où il est plutôt question de ces menus mensonges et autres petites tricheries du quotidien auxquels nous avons plus souvent recours que nous ne l’admettons.

Mais la triste histoire de Sylvie illustre pleinement le propos de la théologienne Véronique Margron, interrogée par notre journaliste : “(…) cacher des vérités trop longtemps débouche sur une relation d’emprise, qui peut être familiale, conjugale, amicale ou professionnelle. La vérité libère toujours l’autre de nous-mêmes… c’est la peur de libérer l’autre qui nous pousse à mentir !” Puisse cette mère rompre le silence et permettre à sa fille d’exister, enfin.

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Mercredi 7 mai 2008


Par Gilles Donada

“Ma mère ne veut pas assister au mariage de ma fille”, s’inquiétait Cécile, 53 ans (originaire de Seine-et-Marne) dans la rubrique De vous à nous de Pèlerin n°6539, daté du 27 mars 2008. La grand-mère maternelle voulait, en effet, boycotter le mariage de sa petite-fille, prévu en juin, car il ne se déroulait pas à l’église (sa petite-fille n’étant ni croyante, ni pratiquante). Les lecteurs de Pèlerin et notre psychologue Françoise Blaise-Kopp avaient apporté soutien et éclairage.

Et voici les (bonnes) nouvelles que je viens de recevoir de Cécile à qui nous avions transmis tous les courriers reçus. “Maman reconnaît intellectuellement le bien-fondé des réactions et des conseils, écrit-elle, mais au fond de son coeur c’est toujours un gros chagrin, même si elle est quand même contente d’aller au mariage de sa première petite-fille.” Ouf !

Cécile me demande d’adresser ses profonds remerciements à tous les lecteurs de Pèlerin qui ont répondu à son appel.  “Transmettez leur mes remerciements sincères d’avoir consacré du temps à mon problème, de m’avoir répondu à la lumière de leur propre expérience, avec un ton plein de chaleur, d’amour fraternel et d’espérance. Vraiment, j’ai été très touchée de la profondeur des réflexions, et j’espère que le mariage se passera dans la joie, et, qui sait, peut-être cela débouchera-t-il un jour sur le baptême des enfants, et le mariage religieux des parents… De tout coeur, merci !”

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Vendredi 2 mai 2008


Par Gilles Donada

Christophe, notre internaute en chef de pelerin.info, vient se planter devant notre bureau (celui de Timothée et le mien, qui se font face) pour nous raconter son dernier échange avec ses deux filles aînées.

Après avoir lu un article sur le projet de suppression de la publicité sur la télévision publique, l’aînée s’est écriée : “Mais c’est incroyable ça ! Comment va-t-on maintenant être informé de l’arrivée de la dernière console ou d’un parfum, si on n’a plus la pub ?!”

Son père, qui préfère de loin voir la pub s’afficher sur notre site (eh oui, sur internet, même le gratuit a un coût…) que se déverser dans son salon lui fait remarquer qu’on peut vivre sans pub. Malheur ! Que n’avait-il dit ! “L’idée de vivre sans pub lui paraissait aussi terrible que celle de perdre son toit !”, constate le papa interloqué.

Et voilà sa seconde fille qui entre dans la danse. “S’il y a moins de pub à la télé, il y en aura plus dans les journaux, raisonne-t-elle. Alors les gens seront obligés d’en acheter davantage, s’ils veulent lire de la pub.”

Pour Christophe, le point de vue de ses filles a valeur de scoop : “Pour elles, la pub, c’est de l’information”.  Un blasphème pour un journaliste, soucieux de distinguer communication et information !

Pourtant, un récent sondage TNS Sofres sur les Français et la publicité, observe que ce mode de communication est le plus prisé chez “les moins de 35 ans et les classes moyennes et populaires”.

“On attend bien sur [de la plublicité] qu’elle soit claire (46%), informative (32%) mais également drôle (31%), créative (26%), étonnante (18%) et même belle (12%). L’émotionnel et le rationnel doivent ainsi aujourd’hui plus encore se conjuguer pour qu’au final la publicité remplisse son contrat de base et provoquer l’envie d’acheter (28%).”

Une invitation à regarder la pub sous un autre jour. Sans, pour autant, se laisser aveugler.

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Dimanche 27 avril 2008


Par Timothée Duboc

Votre fils, grand adolescent auquel l’état-civil donne le statut et les prérogatives des adultes depuis quelques mois, fait preuve, à vos yeux, d’une notable incohérence en passant la soirée et une partie de la nuit au dehors, l’avant veille d’examens scolaires, dont l’importance ne fait pas débat (même pas entre le père et le fils…). Contrarié au possible, le lendemain, vous hésitez quant à l’attitude à adopter vis-à-vis de l’intéressé, à son réveil.

Sollicitée, votre propre mère - la grand-mère dudit grand adolescent -, en visite sur la ligne de front au moment du casus belli, a son idée sur la question. “Puisque tu me demandes mon avis, je te réponds ce que je pense : il ne me paraît pas judicieux de t’affronter avec lui à la veille de ses examens. S’il a agi ainsi, c’est qu’il avait besoin de se détendre. A son âge, une bonne soirée entre copains vaut parfois mieux que tout autre programme. ” 

Eberlué, vous scrutez un signe, une moue codée qui viendrait atténuer - ou invalider - son propos subversif. Que nenni. Ses paroles étaient sincères. Sont-ce les grands-mères qui n’ont rien à voir avec les mères qu’elles furent, ou leurs fils qui ont oublié qu’ils n’ont pas toujours été des pères ?

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Jeudi 24 avril 2008


Par Gilles Donada

Enfant, j’attendais toujours le courrier avec impatience, surtout pendant les vacances. Dès que j’entendais vrombir la mobylette du facteur en haut du chemin, je me précipitais vers  la boîte aux lettres aménagée dans le pilier qui soutenait le portail. J’attrapais le courrier que je compulsais fébrilement à la recherche d’une lettre rédigée à mon attention.

Depuis que je m’occupe de la rubrique De vous à nous, je guette avec la même gourmandise enfantine les réponses aux appels à témoignage, lancés dans Pèlerin.

En décachetant l’enveloppe, je tombe souvent sur des perles savoureuses ! Je viens de recevoir, en provenance des Bouches-du-Rhône, une lettre d’un monsieur de 85 ans qui répond à Yvette. Celle-ci s’inquiétait de voir son mari, jeune retraité, déprimer, souffrir de pannes sexuelles et refuser de consulter un médecin (Cf. Pèlerin n°6543 du 24 avril 2008).

“A 60 ans, écrit notre correspondant, il est normal qu’il y ait quelques pannes ! Est-ce que vous faites tout ce qu’il faut faire pour que ça marche ?”, interroge notre abonné provençal avant d’être plus explicite en encourageant Yvette à découvrir le sens concret de deux termes latins…

“J’espère ne pas scandaliser Pèlerin avec ces détails ?!”, s’empourpre-t-il soudain avant de livrer un dernier conseil à Yvette : se brancher sur RMC pour écouter l’émission “Lahaie, l’amour et vous“. Ce programme est animé par Brigitte Lahaie, une ancienne star du X qui vient de publier chez Flammarion un livre avec le prêtre Patrice Gourier intitulé : “Parlez nous d’amour, deux regards sur le couple, le désir et la sexualité”.

Et notre vert provençal de conclure : “Veuf depuis 2001, je n’ai jamais eu de pannes. Ma femme était belle, très belle, gentille, intelligente. Elle aimait le sexe… Je ne l’ai pas remplacée.”

L’amour n’a pas d’âge. Et les amoureux du latin seront d’accord avec les hellénistes pour reconnaître qu’Eros et Agapè forment un heureux couple.

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Jeudi 17 avril 2008


Par Isabelle Vial

Cafouillages ou fouillis ? Ce matin, au moment de rédiger cette note de blog, tombe la nouvelle de la parution du décret, qui modifie, à compter du 1er mai, les règles de calcul des allocations familiales. La majoration du montant de ces allocations est revue : aujourd’hui accordée à partir de l’âge de 11 ans, elle sera augmentée mais versée désormais à partir de l’âge de 14 ans. La caisse d’allocations familiales devrait économiser 138 millions d’euros par an. Mais au total, sur l’ensemble des versements accordés entre le onzième et le dix-huitième anniversaire d’un enfant, les familles perdront en moyenne 600 euros par enfant….

Cette mesure intervient quelques jours après le « couac » autour de la carte famille nombreuse et alors que sont publiés des chiffres alarmants sur la reprise de l’inflation et la baisse du pouvoir d’achat. «Les prix sont fous » proclame en Une un quotidien ce matin. Volonté du gouvernement, maladresses, « coups de sonde » vis-à-vis de l’opinion publique sur les sujets familiaux ?

A la SNCF, le trafic concerné par le tarif « Familles Nombreuses » a diminué de 33% entre 1979 et 1999, alors que le trafic voyageurs total a augmenté de 24% dans le même temps. La raison ? Notamment le report vers des tarifs commerciaux plus avantageux. D’ailleurs, les tarifs sociaux de la SNCF représentent aujourd’hui seulement 1% des déplacements de voyageurs. Alors, qu’est-ce qui doit l’emporter : la « tarification commerciale » ou la « tarification sociale » ?

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Mardi 15 avril 2008


Par Gilles Donada 

J’ai eu l’heur d’interviewer Fabrice Hadjadj, jeune philosophe, dramaturge, et père de famille, converti au christianisme, qui vient de publier “La profondeur des sexes, pour une mystique de la chair” (éditions du Seuil). Une livre exigeant, brillant, tranchant et drôle qui réunifie charnel et spirituel en développant - ô bienfait ! - “une morale qui se moque de la morale”.  On peut également lire chaque mois ses savoureux instantanés, intitulés “Mes prochains”, dans Panorama.

Dans son chapitre “défense de l’adultère ou que le mariage est une aventure”, il donne la parole au point de vue libertin qui “s’évertue à être fidèle à son coeur si muable. S’il change de fidélité, c’est pour ne pas être parjure.” (page 134)

“Pourquoi changer [de femme] puisqu’elle change d’elle-même ? lui répond Hadjadj. Et ce changement seul est une véritable croissance, riche de nouveauté. […] Puisque ma femme change en même temps que moi, pourquoi ne pas l’aimer d’un amour toujours neuf ? Avec elle j’aurai aimé une jeune, une fiancée, une femme, une actrice, une mère, une dame, une vieille dame, qui sait ? une morte, une ressuscitée… ” (page 135).

Puis Fabrice Hadjadj rapporte cette anecdote tirée de monde littéraire ”"J’avais un ami qui ne voulait pas se marier, raconte [l’écrivain Jean Paulhan]. Il me disait : “Quand on se marie, il faut renoncer à toutes les femmes, sauf une”. Je savais très bien lui répondre : “Quand on ne se marie pas, l’on renonce à toutes femmes, plus une”.  Il n’allait pas assez loin, corrige Fabrice Hadjadj. Je suggère une réponse plus réaliste : quand on se marie, on accueille toutes les femmes, en une. Mais il faut être assez contemplatif pour s’en apercevoir. Et assez endurant.”

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Vendredi 11 avril 2008


Par Timothée Duboc

L’article qu’Isabelle O’Neill consacre cette semaine au sommeil du couple (”Pas facile de dormir à deux”), dans les pages Famille, lève un coin du voile sur la chambre à coucher, lieu par excellence de l’intimité du couple. Qui l’eût cru ? C’est aussi un espace culturel, voire le lieu des particularismes nationaux.

En matière de literie, les Français sont ainsi très attachés au lit double (entre 20 et 65 ans, 96 % des couples revendiquent le fait de dormir dans un lit à deux places, selon une récente étude de l’association pour la promotion de la literie). Et cela, dans un lit de 140 cm de largeur pour 60 % d’entre eux. Les couples américains préfèrent, eux l’”extra king size”, les Allemands partagent la même chambre mais ont des lits séparés…

La “norme” semble peser sur les esprits au point que ceux qui dorment mal à deux (25 % des couples, d’après l’enquête) ont bien des réticences à envisager de faire lit à part. Et l’on ne parle pas ici de faire chambre à part, comme le font de plus en plus de couples outre-atlantique.  “La faute au cinéma”, écrit le thérapeute conjugal Robert Neuburger, interrogé par Isabelle O’Neill. Car l’image associée à la notion d’amour conjugal est, dans nos représentations contemporaines, celle d’un couple enlacé.  Dès lors, peut-on aller contre un tel fait culturel ? Peut-on s’aimer et préférer dormir séparé ? C’est loin d’être évident, dans un pays peuplé d’incorrigibles romantiques… 

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