Archive la catégorie ‘Intergénération’

Nicolas Auray : “Les copains d’avant apportent une forme de sécurité”

Jeudi, août 21st, 2008

Par Gilles Donada

Pour l’enquête parue dans Pèlerin n°6560 du 21 août 2008, sur le phénomène des sites internet comme “Copains d’avant” qui permettent de renouer avec des amis d’enfance, notre journaliste, Isabelle Gravillon, a rencontré Nicolas Auray,  sociologue, spécialiste des nouvelles technologies et enseignant chercheur à l’Ecole nationale supérieure des télécommunications. Il analyse les motivations mais aussi les limites de ces réseaux sur internet.

Les réseaux sociaux sur Internet créent-ils de véritables relations ?
Nicolas Auray : Les liens créés par le biais de ces sites apportent une forme de sécurité et de réassurance. Désormais, les individus n’attendent plus que la protection vienne de l’Etat mais plutôt de leurs amis, en tout cas de communautés de personnes qui partagent leurs goûts, leurs affinités. Pour s’ancrer dans un monde où le collectif s’est complètement délité, on se regroupe entre ceux qui ont partagé le même passé, qui aiment la même musique, le même sport. Il est assez fréquent que de tels besoins communautaires se développent dans des périodes où l’on dérégule, on flexibilise, où les engagements ne sont pas durables. Les réseaux numériques permettent de soigner cette peur déclenchée par la précarité.  

Cette tendance ne fait-elle pas courir un risque à la cohésion sociale ?
Si. Sur ces réseaux sociaux numériques, l’individu recherche le semblable et ne s’intéresse pas au différent. Certes, on est en quête de collectif, mais il faut qu’il soit compatible avec sa singularité individuelle ! Ces réseaux créent donc du lien social, mais un lien séparateur entre les communautés. Un peu d’ailleurs à l’image de ce qui se passe au sein des individus, de plus en plus scindés entre plusieurs identités : on est une personne au travail, une autre dans ses loisirs, une autre encore avec ses voisins. Et ces identités ne communiquent pas entre elles.

A notre époque, n’est-il pas impératif d’avoir des « relations », d’appartenir à un groupe ?
Il est probable que certains considèrent Copains d’avant comme une sorte « d’investissement en amitié ». Dans un monde de plus en plus dur, où l’on est très vulnérable, participer à ce site permettra peut-être de retrouver, parmi ses amis d’enfance, un médecin, un notaire, un agent immobilier… Et de capitaliser ainsi des amitiés potentiellement utiles. Les gens ont conscience de la valeur économique du carnet d’adresses. Et Internet leur offre un outil puissant d’exploration sociale pour faire des rencontres au-delà de leur univers habituel et se construire un « moi » plus puissant face au monde.

Recueillli par Isabelle Gravillon

Désamorcer une canette secouée

Mercredi, juillet 2nd, 2008

Par Gilles Donada

On trouve des trucs formidables sur internet. En cet instant, j’ai une pensée particulière pour les parents chargés comme des baudets qui claudiquent en direction des quelques centimètres de plage libre pour y déposer leurs serviettes, parasol, bouée, glacière, ballon, bobs et casquettes, raquettes, panier à pic-nic.

Le petit a soif (il vous le répète depuis un quart d’heure sur tous les tons). La créature au bord de la déshydratation décide, sans attendre plus longtemps une quelconque consigne parentale, de se jetter sur la première canette venue, arrachée ainsi à la bienheureuse fraîcheur de sa glacière.

Le pauvre innocent ignore que la boîte métallique a été copieusement secouée durant le trajet. Et ce qui doit arriver arrive.

Pschitt ! font les bulles colorées et sucrées qui bouillonnent en s’échappant de l’orifice de la canette pour venir maculer le bermuda et T-shirt du bambin assoifé…Regards incrédules des parents, brouillés par la sueur estivale.

Roulement de tambour.

Mesdames et Messieurs, chers parents, voici LA parade qui permet d’ouvrir - sans risque - une canette de soda préablement secouée.

Une famille chinoise au quotidien

Jeudi, juin 26th, 2008

Par Timothée Duboc

La famille Li au complet 
(photo Lucas Schiffres)

Les Jeux Olympiques approchent et, cette semaine, Pèlerin pose cette question : “Qu’est-ce qui fait courir la Chine ?” Vaste sujet auquel notre hebdo consacre 45 pages, dont 5  au portrait d’une famille typique des classes moyennes émergeantes, les Li, grands-parents, parents et enfant unique vivant sous un même toit, dans la banlieue de Shanghai.

C’est cette  famille attachante, aux façons de vivre parfois déroutantes pour des observateurs occidentaux, que nous vous proposons de retrouver sur le blog, à travers la galerie de photos prises par Lucas Shifres et commentées par Carrie Nooten. Déroutante en effet cete cohabitation intergénérationnelle, situation courante en Chine, qui met à mal l’intimité conjugale pour Li Daquan et Quang Yun, les jeunes parents de la petite Li Siqi. Déroutante ( quoique !), cette focalisation des quatre adultes autour de l’enfant - roi unique…

Cette famille typique, comme on en rencontre tant dans les grandes agglomérations chinoises, Carrie Nooten et Lucas Schifres, l’ont dénichée par hasard, après bien des difficultés : face à des journalistes occidentaux, les 7 premières familles approchées, d’abord bien disposées, ont finalement fermé leur porte… Un peu découragée, Carrie s’est ouverte de ses difficultés au jeune couple auquel elle avait donné son ordinateur à réparer. “Huanying (Bienvenue) chez les Li !” lui ont spontanément répondu Li Daquan et sa jeune femme Quang Yun…

L’on comprend dès lors que c’est pur hasard si la famille compte parmi ses membres une chrétienne, en l’occurence la maman du jeune époux, Gao Cuilan… Une chrétienne incapable de préciser si elle est catholique ou protestante (voir ci-dessous la légende de la photo de la grand-mère posant devant une représentation du Sermon sur la Montagne) !

Dernière précision concernant les coulisses de ce reportage : Carrie a dû l’interrompre pour se rendre au Sichuan, plusieurs centaines de kilomètres au Nord de Shanghai, sur les lieux du tremblement de terre qu’elle couvrait pour différents médias. Lors d’une brève liaison téléphonique que nous avons pu établir avec elle, au soir d’une première journée sur place, elle ne nous a dit combien elle était éprouvée par les images de ces survivants qui erraient dans les décombres des villes, à la recherche de proches disparus. Son désir le plus cher était de repartir au plus vite, pour boucler son reportage chez les Li et se replonger dans le quotidien d’une famille sans histoire ou, plutôt, dont l’histoire se trame de ces liens d’amour, de communauté et de solidarité qui ressemblent fort au bonheur. 

Grand-mère assistera au mariage !

Mercredi, mai 7th, 2008

Par Gilles Donada

“Ma mère ne veut pas assister au mariage de ma fille”, s’inquiétait Cécile, 53 ans (originaire de Seine-et-Marne) dans la rubrique De vous à nous de Pèlerin n°6539, daté du 27 mars 2008. La grand-mère maternelle voulait, en effet, boycotter le mariage de sa petite-fille, prévu en juin, car il ne se déroulait pas à l’église (sa petite-fille n’étant ni croyante, ni pratiquante). Les lecteurs de Pèlerin et notre psychologue Françoise Blaise-Kopp avaient apporté soutien et éclairage.

Et voici les (bonnes) nouvelles que je viens de recevoir de Cécile à qui nous avions transmis tous les courriers reçus. “Maman reconnaît intellectuellement le bien-fondé des réactions et des conseils, écrit-elle, mais au fond de son coeur c’est toujours un gros chagrin, même si elle est quand même contente d’aller au mariage de sa première petite-fille.” Ouf !

Cécile me demande d’adresser ses profonds remerciements à tous les lecteurs de Pèlerin qui ont répondu à son appel.  “Transmettez leur mes remerciements sincères d’avoir consacré du temps à mon problème, de m’avoir répondu à la lumière de leur propre expérience, avec un ton plein de chaleur, d’amour fraternel et d’espérance. Vraiment, j’ai été très touchée de la profondeur des réflexions, et j’espère que le mariage se passera dans la joie, et, qui sait, peut-être cela débouchera-t-il un jour sur le baptême des enfants, et le mariage religieux des parents… De tout coeur, merci !”

68 radio bingo

Mardi, avril 8th, 2008

Par Gilles Donada

Les trois spots radio de Pèlerin diffusés sur RTL et RCF à l’occasion de la sortie de notre numéro spécial Mai 68 viennent de recevoir le “Coup de cœur radio”, décerné par le magazine Stratégies et IP (régie pub de RTL), qui distingue chaque semaine la meilleure pub passée sur RTL. Réjouissant !

Mai 68 : Mea maxima culpa !

Lundi, avril 7th, 2008

Par Gilles Donada 

En découvrant jeudi 3 avril, l’article du Monde consacré au lycée Ronsard de Vendôme, un frisson glacé parcourt mon échine. Je lis : “96 % des élèves ont décroché leur diplôme” du bac. Or, dans mon reportage sur le même lycée Ronsard dans le cadre de notre dossier Mai 68,  j’ai indiqué dans l’article - et dans la bouche du proviseur, M. Alfred Piélot, qui plus est ! - que ce chiffre est de 82 %. Horreur !

Je compulse fébrilement mon carnet de notes pour retrouver le passage de l’interview concerné. Les notes ne sont pas claires car j’ai relevé l’information en style trop télégraphique. J’envoie aussitôt un mail au proviseur pour lui demander la précision. La réponse est sans ambiguïté :  j’ai donné un chiffre inexact ! J’aurais dû recouper mon information… Aïe, aïe, aïe !

J’en parle à Timothée, mon chef de service (et Ti de TiGiliZ) qui en discute avec Anne, notre rédactice en chef. La décision est prise de publier un erratum dans le 6542 du 17 avril 2008… et sur ce blog !

Voici l’information exacte, reprise du mail de M. Piélot (pas rancunier, il m’apprend qu’il a bien apprécié le dossier, malgré cette bévue) : “Nous avons 96 % de réussite au Bac (12 collés sur 300 élèves), nous avons les meilleurs résultats de toute la région Centre. Les 82 % correspondent aux taux de passage de 2nde en 1ère, alors que pour le département, c’est seulement 80 % , donc il plus facile de passer de 2nde en 1ère au lycée Ronsard. C’est l’explication de notre présentation : le lycée Ronsard, “l’excellence à portée de tous”.”

L’excellence à la portée de tous ? Je devrais peut être faire un stage là-bas, histoire de me remettre à niveau, non ?

En attendant, élève Donada, au piquet !

Mai 68 : les adultes dans le miroir des jeunes

Vendredi, avril 4th, 2008

Par Isabelle Vial

Il fut très intéressant pour nous, qui furent des bébés en Mai 68, de demander aux adolescents d’aujourd’hui ce qu’ils pensaient des “événements”de Mai.

Première surprise : ils connaissent bien l’événement (76% selon notre sondage) ce qui peut paraître étonnant pour des jeunes qui ne sont ni les enfants ni les petits-enfants des soixante-huitards, mais plutôt les “enfants des petits frères des soixante-huitards”, selon le sociologue François Dubet (les enfants de ceux qui ont “fait” Mai 68 ont plutôt entre 30 et 40 ans aujourd’hui).

Autre surprise : les jeunes seraient très majoritairement prêts à refaire Mai 68 ! Sur ce point, le sociologue François Dubet nous éclaira de la façon suivante :

“Les changements de Mai 68 ont été “avalés” , “digérés” par la société française. Il y a davantage de consensus autour de Mai 68 que sur la Commune ou la Révolution Française. Ce n’est pas un clivage radical. Pour les jeunes, les années 60 symbolisent la jeunesse. Ce mouvement leur apparaît comme un combat joyeux. Ce que les jeunes d’aujourd’hui envient de cette époque, c’est le combat pour la liberté. La liberté, c’est joyeux, optimiste, énivrant, on est dans la conquête, on a de l’espoir. Les jeunes d’aujourd’hui, eux,  s’inscrivent dans une société “de libération”, et la libération, c’est moins drôle que le combat pour la liberté : quefaire de cette liberté ? Quelles options prendre ? Quels chemins suivre ?. La libération, à la différence de la liberté, conclut-il, va de pair avec des angoisses.”

Autre interprétation passionnante de notre sondage, délivrée cette fois par le psychiatre Patrice Huerre, qui rencontre des adolescents à longueur d’année : ” Certains adultes d’aujourd’hui préfèrent voir leurs enfants rester immatures, quitte à s’en plaindre, d’ailleurs. D’autant que les adultes souhaitent protéger leurs enfants des dangers de la vie. Car les autoriser à grandir signifierait qu’eux-mêmes (les parents) vieillissent ! Or dans notre société, il vaut mieux rester jeune. Mais comment autoriser ses enfants à grandir si soi-même, on n’accepte pas de vieillir ? ”

Autre constat de Patrice Huerre sur les parents d’aujourd’hui, baignés d’idées post soixante-huitardes : ” Au nom de l’amour qui doit à tout prix régner dans les familles, les adultes n’autorisent plus les jeunes à s’opposer à eux, à entrer en conflit, donc à grandir. Même si personne ne veut revenir en arrière, on s’aperçoit qu’il était plus facile d’en vouloir à ses parents quand ils vous disaient : “Tais-toi !”. Aujourd’hui, les jeunes ne peuvent plus leur en vouloir, ni entrer en conflit avec eux. Du coup, ils retournent parfois cette opposition contre eux en s’automutilant, ou en se mettant en position d’échec scolaire”.

Mai 68 sur les ondes de RCF

Jeudi, avril 3rd, 2008

Par Gilles Donada 

L’émission Grand angle de la radio RCF de ce vendredi 4 avril, à 9h, animée par Frédéric Mounier, est consacrée à notre dossier sur Mai 68 (écouter l’émission). Avec en studio :

  • La sociologue Christine Fauré, sociologue et auteur de Mai 68, jour et nuit (Gallimard Découvertes, 2008) et de Mai 68 en France ou la révolte du citoyen disparu (Ed. du Seuil, 2008). Elle est intervenue dans notre séquence “Les objets de la rue” (p. 39)
  • Alain Geismar, leader étudiant de l’époque, syndicaliste enseignant, auteur de Mon Mai 68 (Ed. Perrin, 2008). Interviewé dans notre dossier p. 41 aux côtés d’autres témoins de de l’époque : André Bergeron, ancien secrétaire général du syndicat FO et Maurice Grimaud, préfet de police de Paris (lire leurs témoignages).
  • et votre serviteur…

Et par téléphone : Bernadette Costa-Prades, auteur de Tu te souviens de 68 (Albin Michel, 2008) ; l’écrivain et essayiste Jean-Claude Guillebaud, interviewé dans notre dossier p. 37 (”Les jeunes rapplelent les soixante-huitards à leurs promesses”).

Mai 68 vu du lycée Ronsard de Vendôme

Jeudi, avril 3rd, 2008

Par Gilles Donada 

Notre grande enquête sur Mai 1968 (Pèlerin n°6540 du jeudi 3 avril 2008) inaugure un rendez-vous annuel que Pèlerin, et son service Famille, veut donner aux lecteurs en publiant un sondage et une enquête qui recueillera le point de vue des jeunes sur notre société. Premier rendez-vous de ce baromètre jeunesse :  l’anniversaire de Mai 1968, vu par les 15-25 ans.

A côté de notre sondage exclusif TNS Sofres, nous voulions rencontrer des jeunes pour qu’ils nous donnent leur opinion sur le mouvement de Mai. L’idée était de mesurer l’écart (ou la proximité) entre la génération 68 et la génération 2008.

Il ne restait plus qu’à trouver un lieu de reportage….  Je suis descendu  à la doc pour tenter de dénicher une ville qui aurait participé aux événements de Mai. En compulsant les dossiers d’archives, j’ai eu la joie de tomber sur une coupure du Monde datée du 28 septembre1968,  et intitulée : “La révolte de mai à travers les livres”.

Dans une recension signée Alain Duhamel, je découvre l’ouvrage du journaliste Georges Chaffard, “Les orages de Mai” (éditions Calmann-Lévy, Paris 1968) qui raconte le mouvement de mai et les élections qui ont suivi dans la circonscription de Vendôme. “Les Vendômois ont fait connaissance avec la “révolution”, écrit Alain Duhamel, le jour où cent cinquante lycéens scandant dans la rue “Libérez la Sorbonne” ont lancé le mouvement bien vite amplifié par des grèves”.

Je tenais mon lieu ! Grâce à une rapide recherche sur internet, j’apprends qu’il n’y a qu’un seul lycée à Vendôme, le lycée Ronsard. Je commande sur une librairie en ligne le livre (épuisé) de Georges Chaffard et j’envoie un e-mail à l’établissement en présentant ma requête.

Après plusieurs jours de silence, je décide d’appeler le proviseur, le charmant M. Alfred Piélot qui est tout à fait partant pour accueillir deux reporters de Pèlerin. Il se charge de trouver deux classes aux profils différents : des Terminales littéraires et des BEP Vente action marchande, qui prépareront la rencontre avec leurs professeurs. Le rêve !

 Le jour J, le photographe Gil Fornet et moi-même (Gil et Gilles !) débarquont à Vendôme, après seulement 40 mn de TGV. Un bus nous dépose devant le campus de l’établissement situé en périphérie.

[Consultez l’album photo
de notre reportage
au Lycée Ronsard de Vendôme]

Le proviseur, M. Alfred Piélot, casquette marine vissée sur le crâne,  nous accompagne visiter l’établissement, qui a déménagé dans les années 1970 du centre ville. Récemment réhabilité, le lycée, distribué en plusieurs bâtiments, est vaste et aéré. Cela donnerait presque envie de retourner en classe !

Au passage, nous découvrons la salle polyvalente, tapissée de briques chaudes, qui permet d’organiser aussi bien des concerts que des conférences, des pièces de théâtre ou des verres de l’amitié.

Justement, ce jour-là, des parents et des professeurs venus d’Espagne partagent un apéritif : durant une quinzaine de jours les parents d’élèves de Ronsard hébergent une classe d’Espagnols qui suivent les cours au lycée. La quinzaine suivante, ce sera au tour des Français d’être reçus dans un établissement et des familles espagnoles…

Deux heures de rencontre avec les lycéens

Dans la salle en U, dix-huit paires d’yeux me fixent. C’est la classe de philosophie (Terminale) de Mme Maï-Linh Eddi.

Je leur explique l’objet et le déroulement de notre recontre. Gil leur prie de l’oublier pendant qu’il se glisse, tel un sioux, autour des tables pour prendre ses clichés. Je les fais réagir aux questions du sondage. Ils sont attentifs, réactifs, prompts à partager leur point de vue dans le respect, même quand ils ne sont franchement pas d’accord. Au bout de deux heures, on convoque même Nietsche et la Bible ! Impressionnant !

Autre ambiance avec la rencontre d’une classe de BEP Pro Vente action marchande, avec leurs professeurs Pascale Goumet-Beauvais (français et histoire-géo) et Yves Marchand (le bien nommé !), professeur de vente et techniques commerciales…

La décoration de la salle est à propos : un “Love” rouge et jaune (me renvoyant au slogan plébiscité par les jeunes dans notre sondage : “Faites l’amour, pas la guerre”) couvre le mur du fond de cette salle, dotée d’une caisse enregistreuse, d’un mannequin pour recréer l’ambiance d’une boutique.  

Plus timides au départ que leurs camarades de Terminale, 17 élèves gagnent en spontanéité et n’hésitent pas à prendre la parole, même si certains ont du mal à trouver leurs mots, pour donner leur avis de façon fine et décontractée.

Moi qui ai l’habitude d’interviewer des adultes, je m’aperçois que j’ai des progrès à faire pour me faire comprendre : je dois reformuler mes expressions par trop sybillines ou abstraites, préciser ma pensée et mes questions, les éclairer par des exemples….

Avec les BEP Pro, Gil a plus de mal à travailler : dès que certains (en fait, certaines…) s’aperçoivent qu’elles sont dans le viseur de son appareil photo les rires et les gloussements fusent et les visages virent au pivoine…

Des jeunes qui veulent être pris au sérieux

Deux profils de classe différents qui produisent le même effet tonifiant sur moi. Je sens chez les uns comme chez les autres,  une énergie, une générosité qui ne demande qu’à trouver un canal pour se diffuser. Cette génération appelle un regard confiant des adultes sur toutes ces potentialités qui ne demandent qu’à être encouragées pour s’exprimer.

Une remarque, lancée par Vincent, élève de Terminale littéraire, m’a frappé. Il expliquait combien il avait été agacé par une boutade du Proviseur, lancée lors d’une rencontre sur le thème de l’orientation : “A votre âge, on tombe amoureux chaque semaine”.

Si Vincent et ses camarades reconnaissent, en riant,  l’influence des hormones sur leur comportement (”ça nous travaille encore !”), ils supportent mal l’idée d’être réduits à cette image.

Derrière cette réaction épidermique, j’ai perçu le désir légitime d’être pris aux sérieux. Au-delà de cette anecdote, je reste frappé par la façon dont les adultes utilisent, parfois inconsciememnt, des arguments qui disqualifient le point de vue des plus jeunes  (”C’est de ton âge !”, “Il faut bien que jeunesse se passe”, “tu verras plus tard…”). Nadège ajoutait : “Sur le plan affectif, nous ne sommes quand même pas si différents des adultes !”

Je partage leur point de vue. Je suis toujours ulcéré par ceux, qui, parmi nous les adultes, ont tendance à projeter sur leurs cadets, leur amertume, leurs remords ou leurs regrets,  leurs illusions perdues, leur peur de l’avenir, plutôt que d’encourager les jeunes en les invitant à déployer leur génie propre et leurs talents.

Et, comme le souligne Nadège, arrêtons d’opposer les adultes et les jeunes, comme si ces derniers venaient d’une autre planète… Aujourd’hui, il est vrai que le terme même de “jeunes” est devenu péjoratif : dans les médias, il est souvent synonyme de “délinquant” ! (”Des bandes de jeunes….”)

Je vous conseille de lire la note qu’Iz de TiGiliZ sur le miroir que nous tendent les jeunes.

Ce reportage fut l’occasion de découvrir les anciens locaux du Lycée Ronsard (aujourd’hui ceux de l’hôtel de ville), situé en plein centre ville, en compagnie d’un guide de choix : Isabelle Renou, proviseur adjoint, qui apris sur son temps de travail pour nous faire la viste. C’est de là que la génération 68, que peignait Georges Chaffard, était partie pour manifester en ville….

Dans le TGV qui nous ramenait vers Paris, j’avais la conviction que la génération vendômoise 2008 avait conservé la même capacité de mobilisation que ses aînés même si ce n’est plus pour les mêmes mots d’ordre.

Lorsque j’ai demandé aux élèves de Ronsard de m’inventer de nouveaux slogans capables de les mobiliser, voici ce qu’ils m’ont répondu :  ”N’aie pas honte de ton passé familial ni de ton pays”, dit Mustafa ; “Réfléchis avant de voter”, improvise Ayhan. “Stop aux inégalités !”, conclut Mégane.

La bonne nouvelle de Marie-Josèphe

Mercredi, mars 26th, 2008

Par Gilles Donada 

Il y a des nouvelles qui font chaud au coeur et que je veux partager avec vous.

Dans notre rubrique De vous à nous, parue dans Pèlerin n°6537 du 13 mars 2008, Marie-Josèphe nous faisait part de son inquiétude et de son désarroi : “Comment aider notre fille qui recherche du travail ?”. Agée de 26 ans et diplômée BAC + 5 , celle-ci  alternait stages, CDD (contrat à durée déterminée) et période de chômage…

 ”Si je vous écris, nous confiait-elle, c’est bien parce que je ne sais vraiment pas à qui en parler et demander conseil et que je me demande combien de temps cette situation va-t-elle durer…”

Dans notre double page, notre conseillère et psychologue Françoise Blaise-Kopp, le responsable d’un service social ainsi que des lecteurs et amis de Pèlerin se sont mobilisés pour apporter témoignages, conseils et offre d’aide concrète à cette mère de famille vendéenne.

J’ai eu le plaisir d’avoir au bout du fil Marie-Josèphe qui m’a appris la bonne nouvelle : sa fille a trouvé un emploi en contrat à durée déterminée chez un éditeur international spécialisé dans le domaine des sciences et techniques, et de la médecine - exactement  le secteur dans lequel elle souhaitait travailler.

Et, bonne nouvelle dans la bonne nouvelle,  son contrat vient d’être transformé en CDI (contrat à durée indéterminée). “C’est une grande joie pour toute notre famille”, m’a confié Marie-Josèphe. “Et pour la famille Pèlerin aussi !”, lui ai-je aussitôt répondu en lui promettant de faire savoir à qui de droit que la galère de sa fille avait pris fin.

Vieillesse = sagesse…

Vendredi, mars 21st, 2008

Par Gilles Donada 

J’ai toujours cru que vieillesse rimait avec sagesse. C’était sans doute l’image que m’offraient mes grands-parents qui avaient manifestement réfléchi aux choses de la vie…

J’ai découvert une autre facette de la vieillesse lorsque je suis entré comme étudiant à la Sorbonne au début des années 1990.

Nous avions des cours dans le fameux amphithéâtre Richelieu et certains jours, à certaines heures, une fois le cours achevé, il était quasiment impossible de sortir des travées car nous affrontions un contre-courant très puissant : nous étions littéralement bousculés par des hordes de grands-mères et de grands-pères survoltés qui jouaient des coudes pour accaparer les meilleurs places pour les conférences de l’université inter-âges.

Depuis, je suis régulièrement confronté à cette impatience, parfois agressive, dans la file d’attente du supermarché, dans le bus, le métro… Moi, quoi croyais naïvement que vieillesse allait de pair avec politesse, patience, sérénité, recul sur l’agitation quotidienne…

Un nouvel éclairage m’est apparu en préparant un prochain sujet. J’ai interviewé la très intéressante Nancy de la Perrière, qui est l’une des bénévoles en charge des entretiens au sein de l’Ecole des grands-parents européens.

Elle m’expliquait que l’éloignement d’avec les enfants et les petits-enfants étaient très douloureusement vécu (”comme une condamnation à mort prématurée”, dit-elle), non seulement à cause de la coupure des liens affectifs mais aussi à cause de la conception complètement différente du temps vécu par les uns et par les autres.  

Pour les plus jeunes, ce qui compte dans le temps, c’est l’instant d’après. Mais pour certains parmi nos aînés, le temps c’est ce sable qui file entre nos doigts nous rapprochant inéluctablement de l’heure de notre propre fin. Un temps pour bâtir d’un côté, un temps pour mourir de l’autre.

Je comprends mieux, dès lors, l’espèce d’impatience anxieuse qui saisit certains (et certaines) :  tout ce qui n’est pas vécu maintenant est peut-être irrémédiablement perdu.

Et je ne peux m’empêcher de songer à une autre phrase, attribuée à Mère Teresa : “Tout ce qui n’est pas donné est perdu”. Tout donner, même notre temps qui passe.

Québec : à la rencontre de la famille Gagné

Mercredi, février 20th, 2008

Par Gilles Donada

L’enquête pour notre numéro spécial Québec (n°6534 du 21 février 2008) m’a conduit mi janvier 2008 à Montréal que je découvrais pour la première fois.

Pour la rubrique Famille, je devais effectuer un reportage sur la vie quotidienne d’une famille Montréalaise. Grâce à nos contacts sur place à Bayard Canada puis à ceux fournis par un réseau de connaissances, notre choix s’est arrêté sur la famille Gagné : Jean-Luc, 37 ans et Roxana, 41 ans, parents de deux charmantes filles : Laura (11 ans) et Magali (4 ans).

Quand nous effectuons de tels reportages, nous ne recherchons jamais une “famille exemplaire” car elle n’existe pas ! L’une des règles paradoxales du reportage journalistique veut que plus l’histoire est singulière et unique, plus elle est apte à toucher le lecteur.

La famille de Jean-Luc et Roxana présentait plusieurs avantages : Roxana a rencontré Jean-Luc en Argentine, dont elle est originaire (elle a quitté son pays à 26 pour le suivre à Montréal).

Sa situation rejoint une caractéristique de la région de Montréal : c’est là que trois quarts des immigrés s’installent quand ils arrivent au Québec. Son point de vue sur le Québec m’intéressait. Elle a été, entre autres, marquée par la solitude des gens et par les horaires des repas : au Québec, on “soupe” (dîne) à 18h30 alors qu’on Argentine, c’est plutôt vers 21h !

Jean-Luc, quant à lui, est animateur du “service d’animation spirituel et d’engagement communautaire”, autrement dit, en tant qu’intervenant extérieur, il anime dans les écoles des ateliers culturels, spirituels ou philosophiques. Elevé dans la foi chrétienne avec laquelle il a pris de la distance, il a un point de vue pertinent au moment où le gouvernement décide de supprimer l’enseignement religieux à l’école pour le confier aux paroisses.

Enfin, en tant que jeunes parents, il est intéressant d’écouter quelles sont leurs préoccupations liées à l’éducation (Laura est scolarisée dans une école à “la pédagogie active”, qui vise à responsabiliser les élèves et à les impliquer dans l’apprentissage des savoirs), aux questions de langue (à la maison, on parle plus espagnol que français)….

Atout d’internet, vous pouvez voir et entendre la famille Gagné se présenter à vous à l’heure du goûter dans la cuisine, en présence de leur grand-père paternel Ronald.

Le pavillon, qu’ils ont acquis il y a six mois, est situé dans le quartier d’enfance de Jean-Luc, à l’Ouest de la ville, dans un quartier appelé Notre-Dame de Grâce, familièrement appelé NDG (pronocnez ND-Dji). Le croisement à l’angle de la rue habitée par la famille Gagné.

L’angle de la rue de la famille Gagné

Pour un Français (parisien qui plus est) comme moi, le fait de voir la neige tenir dans une grande ville était à la fois étonnant et réjouissant. Quel plaisir de sentir les flocons crisser sous mes pieds ! La température (- 6°C) était franchement clémente par rapport aux températures habituelles en cette saison à Montréal (après mon départ, le thermomètre est tombé à - 26 ° C…).Pour prendre la voiture le matin, c’est toujours le même rituel : il faut jouer de la raclette sur le pare-brise (sauf pour ceux qui s’équipent d’une sorte d’abri en toile ou en dur).

Voici la vue depuis la rue. Leur maison arrive en fin de séquence : elle arbore un petit étendard à l’effigie d’un bonhomme de neige.

La maison dispose d’une terrasse et d’un jardin sûrement très agréable en été. En hiver, disons, qu’il faut un peu d’imagination pour se représenter ce petit coin tranquille…

Avec Bianca, la jeune photographe montréalaise, nous avons suivi le quotidien de leur vie familiale.

La dépose à l’école de NDG (la famille utilise la voiture mais il existe un service de bus scolaire).

Le bus scolaire passe devant l’école de Laura

 

Dans l’extrait vidéo qui suit, Bianca a déployé une sorte de parapluie qui permet d’améliorer la qualité lumineuse de la scène. Ronald, le grand-père paternel, est en train d’achever la réparation des dégâts causés par une “dame de glace”, une sorte de congère qui s’était formée sous le toît : il a fallu ouvrir le plafond de la cuisine pour l’atteindre. Ronald n’était pas habitué à bricoler sous les flashs. Il a fallu s’y reprendre à plusieurs fois pour obtenir la bonne photo.

Bianca se prépare à “shooter” (prendre en photo) Ronald, le grand-père

A la maison, je partage, avec Bianca, ces instants de retrouvailles familiales : le goûter puis le départ vers la piscine.Magali se jette sur sa tartine.

Magali dévore son goûter

Laura farfouille dans le frigo sous le regard de son grand-père.

Laura a une faim de loup (derrière, Ronald, son grand-père paternel)

C’est l’heure du départ pour la piscine.

Chaussures de neige, gants, bonnets… Avec ce froid, il faut sortir couvert !

Laura et Magali suivent leur cours de natation dans l’un des Young Men’s Christian Association, union chrétienne des jeunes gens), un réseau de clubs sportifs de quartier, initialement chrétien dont le sigle a été popularisé par un le fameux tube éponyme du groupe disco Village People dans les années 1970.

Le YMCA (club de sport) où se déroulent les cours de natation

A l’intérieur, Bianca, rencontre un petit problème pratique : la buée sur l’objectif….

Jean-Luc et Roxana suivent les évolutions aquatique de Nathalie depuis la galerie.

Jean-Luc et Roxana accompagnent Magali à son cours de natation

Comme souvent en reportage, le petit miracle s’est produit : une complicité s’établit avec la famille qui accepte de jouer le jeu avec le journaliste en répondant à toutes ses questions à la fois d’ordre pratique (l’organisation de la vie familiale) mais aussi plus profondes, voire intimes (la vision de la vie, les relations au sein de la famille, la vie spirituelle, etc. ).

Jean-Luc et Roxana, Laura et Magali, m’ont non seulement ouvert la porte de leur maison, mais aussi, pour une part, celle de leur coeur. Un témoignage de confiance que le reporter que je suis recueille avec grande gratitude ! C’est sur cette confiance - toujours fragile et risquée, le journaliste n’étant pas infaillible - que peut se bâtir un bon “papier” . Et le plaisir de retracer pour nos lecteurs cette belle rencontre est un excellent antidote à l’angoisse de la page blanche.

Quand vient le moment de se séparer, après cette plongée, brève en temps mais intense en discussion, j’ai toujours un petit pincement au coeur. Le petit rituel de la photo souvenir permet de se dire au revoir ; ou plutôt à bientôt.

Photo souvenir avec toute la famille

Réjouissante Juno !

Mercredi, février 13th, 2008

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Par Gilles Donada 

Profitez-en pendant que le film est encore à l’écran : allez voir Juno ! Le pitch (résumé) de ce film est le cauchemard de tout parent : 

Juno McGuff, une lycéenne effrontée de 16 ans, tombe enceinte de Bleeker, un camarade de classe aux allures d’échalas qui l’appelle tendrement “Ma magicienne”.

Le premier réflexe de Juno est de se rendre dans un centre de consultation en vue d’avorter mais elle décide finalement de garder l’enfant et se met en quête de parents adoptifs….

Le réalisateur Jason Reitman, porté par Ellen Page,  la très prometteuse  actrice canadienne de 21 ans, nous entraîne dans le monde de Juno, sa famille, ses copines… Nous découvrons le visage d’un père divorcé, tendre et très présent auprès de sa fille ; d’une belle-mère, apparemment revêche qui se révèle, elle aussi, un trésor de soutien.

Juno, qui se moque du regard des autres, avance avec confiance, son gros ventre en avant au milieu du regard effaré de ses camarades de classe et ceux, plus méprisants, de certains adultes.

Elle impose sa présence auprès de Mark et Vanessa Loring, le couple adoptant qu’elle a trouvé grâce aux petites annonces. On découvre, avec Juno, combien le désir d’enfant à tout prix peut mettre à l’épreuve un couple, surtout quand les attentes entre le mari et la femme ne sont pas les mêmes…

Ce film est porté par une grâce, une légèreté, un humour tout à fait singuliers, qui contrastent avec le thème, a priori dramatique.

Juno est portée par une force de vie communicative qui perdure une fois l’écran de cinéma éteint.