Par Timothée Duboc
Il y a une réelle tendance, parmi ceux qu’on a coutume de nommer ”leaders d’opinion”, à promouvoir le modèle du père qui s’investit dans l’éducation des enfants. Je pense au récent portrait, dans Le Monde (édition du 16-05-08) du nouveau boss de la Société Générale, Frédéric Oudéa, fringant quadra qui succède à Daniel Bouton. La journaliste Anne Michel, qui a signé l’article, rapporte : ” (…) Le nouveau directeur général affirme qu’il n’est pas prêt à tout sacrifier pour sa nouvelle vie. Façon de peaufiner son image de patron zen nouvelle génération ? “Je suis le seul dirigeant du CAC 40 qui sort de chez lui le matin avec une couche bébé à la main”, lance-t-il un brin bêcheur.”
Dans l’édition datée du 23 mai de ce même quotidien, Michelle Obama, l’épouse du candidat démocrate à l’élection présidentielle américaine, déclare quant à elle, sous la plume de Corine Lesnes : “Nous sommes un jeune couple avec de jeunes enfants […]. Nous continuons à vivre la même vie que la plupart des Américains.”La journaliste d’expliquer : ” Michelle, 44 ans, avait des réticences quand son mari s’est lancé dans la course à l’investiture du Parti démocrate à la présidentielle. Elle voulait préserver leur vie de famille. Elle voulait savoir, aussi, si Barack avait des chances face à la “machine” Clinton ou s’ils perdaient leur temps. Elle n’a dit oui qu’en posant ses conditions : que Malia, 9 ans, et Sasha, 6 ans, voient leur père une fois par semaine. Et qu’il arrête de fumer. Ce qu’il a fait.”
Certes, dans ce second cas, l’on voit bien l’importance du rôle de l’épouse dans les arbitrages vie familiale - vie professionnelle (et publique !). Mais tout laisse à penser que les conditions qu’elle a pu poser relèvent d’une vision partagée dans le couple et non d’un rapport de forces. Barack Obama vote ainsi sûrement pour la vie de famille, lui aussi, et pour une présence accrue du père auprès de ses enfants.
Si c’est bien sûr auprès de leurs femmes ou compagnes que les jeunes pères qui travaillent trouvent aujourd’hui les alliés les plus impliqués sur ce terrain, ils s’en découvrent de plus en plus souvent au sein même de leurs entreprises, en la personne de leurs supérieurs hiérarchiques. C’est ce que l’on comprend en lisant le dossier signé par Muriel Rivault dans les pages Famille du numéro de Pèlerin en vente chez les marchands de journaux cette semaine.
Où l’on découvre qu’un changement de mentalité en profondeur se dessine dans la nouvelle génération des jeunes managers. Adieu la figure du père pour qui seul comptait le travail… “Aujourd’hui, quand ces cadres deviennent pères, ils suppriment sans hésiter les réunions à 18 heures pour rentrer plus tôt chez eux, et tout le monde suit. Demain, ils dirigeront les entreprises. Voilà un avenir prometteur pour les familles !” observe Bénédicte Bertin-Mourot, une sociologue au CNRS, spécialiste du sujet, qu’a interviewée notre journaliste. Sans attendre demain, bonne fête à tous les papas.