Archive la catégorie ‘Nos coulisses’

Mai 68 : Mea maxima culpa !

Lundi, avril 7th, 2008

Par Gilles Donada 

En découvrant jeudi 3 avril, l’article du Monde consacré au lycée Ronsard de Vendôme, un frisson glacé parcourt mon échine. Je lis : “96 % des élèves ont décroché leur diplôme” du bac. Or, dans mon reportage sur le même lycée Ronsard dans le cadre de notre dossier Mai 68,  j’ai indiqué dans l’article - et dans la bouche du proviseur, M. Alfred Piélot, qui plus est ! - que ce chiffre est de 82 %. Horreur !

Je compulse fébrilement mon carnet de notes pour retrouver le passage de l’interview concerné. Les notes ne sont pas claires car j’ai relevé l’information en style trop télégraphique. J’envoie aussitôt un mail au proviseur pour lui demander la précision. La réponse est sans ambiguïté :  j’ai donné un chiffre inexact ! J’aurais dû recouper mon information… Aïe, aïe, aïe !

J’en parle à Timothée, mon chef de service (et Ti de TiGiliZ) qui en discute avec Anne, notre rédactice en chef. La décision est prise de publier un erratum dans le 6542 du 17 avril 2008… et sur ce blog !

Voici l’information exacte, reprise du mail de M. Piélot (pas rancunier, il m’apprend qu’il a bien apprécié le dossier, malgré cette bévue) : “Nous avons 96 % de réussite au Bac (12 collés sur 300 élèves), nous avons les meilleurs résultats de toute la région Centre. Les 82 % correspondent aux taux de passage de 2nde en 1ère, alors que pour le département, c’est seulement 80 % , donc il plus facile de passer de 2nde en 1ère au lycée Ronsard. C’est l’explication de notre présentation : le lycée Ronsard, “l’excellence à portée de tous”.”

L’excellence à la portée de tous ? Je devrais peut être faire un stage là-bas, histoire de me remettre à niveau, non ?

En attendant, élève Donada, au piquet !

Mai 68 sur les ondes de RCF

Jeudi, avril 3rd, 2008

Par Gilles Donada 

L’émission Grand angle de la radio RCF de ce vendredi 4 avril, à 9h, animée par Frédéric Mounier, est consacrée à notre dossier sur Mai 68 (écouter l’émission). Avec en studio :

  • La sociologue Christine Fauré, sociologue et auteur de Mai 68, jour et nuit (Gallimard Découvertes, 2008) et de Mai 68 en France ou la révolte du citoyen disparu (Ed. du Seuil, 2008). Elle est intervenue dans notre séquence “Les objets de la rue” (p. 39)
  • Alain Geismar, leader étudiant de l’époque, syndicaliste enseignant, auteur de Mon Mai 68 (Ed. Perrin, 2008). Interviewé dans notre dossier p. 41 aux côtés d’autres témoins de de l’époque : André Bergeron, ancien secrétaire général du syndicat FO et Maurice Grimaud, préfet de police de Paris (lire leurs témoignages).
  • et votre serviteur…

Et par téléphone : Bernadette Costa-Prades, auteur de Tu te souviens de 68 (Albin Michel, 2008) ; l’écrivain et essayiste Jean-Claude Guillebaud, interviewé dans notre dossier p. 37 (”Les jeunes rapplelent les soixante-huitards à leurs promesses”).

Mai 68 vu du lycée Ronsard de Vendôme

Jeudi, avril 3rd, 2008

Par Gilles Donada 

Notre grande enquête sur Mai 1968 (Pèlerin n°6540 du jeudi 3 avril 2008) inaugure un rendez-vous annuel que Pèlerin, et son service Famille, veut donner aux lecteurs en publiant un sondage et une enquête qui recueillera le point de vue des jeunes sur notre société. Premier rendez-vous de ce baromètre jeunesse :  l’anniversaire de Mai 1968, vu par les 15-25 ans.

A côté de notre sondage exclusif TNS Sofres, nous voulions rencontrer des jeunes pour qu’ils nous donnent leur opinion sur le mouvement de Mai. L’idée était de mesurer l’écart (ou la proximité) entre la génération 68 et la génération 2008.

Il ne restait plus qu’à trouver un lieu de reportage….  Je suis descendu  à la doc pour tenter de dénicher une ville qui aurait participé aux événements de Mai. En compulsant les dossiers d’archives, j’ai eu la joie de tomber sur une coupure du Monde datée du 28 septembre1968,  et intitulée : “La révolte de mai à travers les livres”.

Dans une recension signée Alain Duhamel, je découvre l’ouvrage du journaliste Georges Chaffard, “Les orages de Mai” (éditions Calmann-Lévy, Paris 1968) qui raconte le mouvement de mai et les élections qui ont suivi dans la circonscription de Vendôme. “Les Vendômois ont fait connaissance avec la “révolution”, écrit Alain Duhamel, le jour où cent cinquante lycéens scandant dans la rue “Libérez la Sorbonne” ont lancé le mouvement bien vite amplifié par des grèves”.

Je tenais mon lieu ! Grâce à une rapide recherche sur internet, j’apprends qu’il n’y a qu’un seul lycée à Vendôme, le lycée Ronsard. Je commande sur une librairie en ligne le livre (épuisé) de Georges Chaffard et j’envoie un e-mail à l’établissement en présentant ma requête.

Après plusieurs jours de silence, je décide d’appeler le proviseur, le charmant M. Alfred Piélot qui est tout à fait partant pour accueillir deux reporters de Pèlerin. Il se charge de trouver deux classes aux profils différents : des Terminales littéraires et des BEP Vente action marchande, qui prépareront la rencontre avec leurs professeurs. Le rêve !

 Le jour J, le photographe Gil Fornet et moi-même (Gil et Gilles !) débarquont à Vendôme, après seulement 40 mn de TGV. Un bus nous dépose devant le campus de l’établissement situé en périphérie.

[Consultez l’album photo
de notre reportage
au Lycée Ronsard de Vendôme]

Le proviseur, M. Alfred Piélot, casquette marine vissée sur le crâne,  nous accompagne visiter l’établissement, qui a déménagé dans les années 1970 du centre ville. Récemment réhabilité, le lycée, distribué en plusieurs bâtiments, est vaste et aéré. Cela donnerait presque envie de retourner en classe !

Au passage, nous découvrons la salle polyvalente, tapissée de briques chaudes, qui permet d’organiser aussi bien des concerts que des conférences, des pièces de théâtre ou des verres de l’amitié.

Justement, ce jour-là, des parents et des professeurs venus d’Espagne partagent un apéritif : durant une quinzaine de jours les parents d’élèves de Ronsard hébergent une classe d’Espagnols qui suivent les cours au lycée. La quinzaine suivante, ce sera au tour des Français d’être reçus dans un établissement et des familles espagnoles…

Deux heures de rencontre avec les lycéens

Dans la salle en U, dix-huit paires d’yeux me fixent. C’est la classe de philosophie (Terminale) de Mme Maï-Linh Eddi.

Je leur explique l’objet et le déroulement de notre recontre. Gil leur prie de l’oublier pendant qu’il se glisse, tel un sioux, autour des tables pour prendre ses clichés. Je les fais réagir aux questions du sondage. Ils sont attentifs, réactifs, prompts à partager leur point de vue dans le respect, même quand ils ne sont franchement pas d’accord. Au bout de deux heures, on convoque même Nietsche et la Bible ! Impressionnant !

Autre ambiance avec la rencontre d’une classe de BEP Pro Vente action marchande, avec leurs professeurs Pascale Goumet-Beauvais (français et histoire-géo) et Yves Marchand (le bien nommé !), professeur de vente et techniques commerciales…

La décoration de la salle est à propos : un “Love” rouge et jaune (me renvoyant au slogan plébiscité par les jeunes dans notre sondage : “Faites l’amour, pas la guerre”) couvre le mur du fond de cette salle, dotée d’une caisse enregistreuse, d’un mannequin pour recréer l’ambiance d’une boutique.  

Plus timides au départ que leurs camarades de Terminale, 17 élèves gagnent en spontanéité et n’hésitent pas à prendre la parole, même si certains ont du mal à trouver leurs mots, pour donner leur avis de façon fine et décontractée.

Moi qui ai l’habitude d’interviewer des adultes, je m’aperçois que j’ai des progrès à faire pour me faire comprendre : je dois reformuler mes expressions par trop sybillines ou abstraites, préciser ma pensée et mes questions, les éclairer par des exemples….

Avec les BEP Pro, Gil a plus de mal à travailler : dès que certains (en fait, certaines…) s’aperçoivent qu’elles sont dans le viseur de son appareil photo les rires et les gloussements fusent et les visages virent au pivoine…

Des jeunes qui veulent être pris au sérieux

Deux profils de classe différents qui produisent le même effet tonifiant sur moi. Je sens chez les uns comme chez les autres,  une énergie, une générosité qui ne demande qu’à trouver un canal pour se diffuser. Cette génération appelle un regard confiant des adultes sur toutes ces potentialités qui ne demandent qu’à être encouragées pour s’exprimer.

Une remarque, lancée par Vincent, élève de Terminale littéraire, m’a frappé. Il expliquait combien il avait été agacé par une boutade du Proviseur, lancée lors d’une rencontre sur le thème de l’orientation : “A votre âge, on tombe amoureux chaque semaine”.

Si Vincent et ses camarades reconnaissent, en riant,  l’influence des hormones sur leur comportement (”ça nous travaille encore !”), ils supportent mal l’idée d’être réduits à cette image.

Derrière cette réaction épidermique, j’ai perçu le désir légitime d’être pris aux sérieux. Au-delà de cette anecdote, je reste frappé par la façon dont les adultes utilisent, parfois inconsciememnt, des arguments qui disqualifient le point de vue des plus jeunes  (”C’est de ton âge !”, “Il faut bien que jeunesse se passe”, “tu verras plus tard…”). Nadège ajoutait : “Sur le plan affectif, nous ne sommes quand même pas si différents des adultes !”

Je partage leur point de vue. Je suis toujours ulcéré par ceux, qui, parmi nous les adultes, ont tendance à projeter sur leurs cadets, leur amertume, leurs remords ou leurs regrets,  leurs illusions perdues, leur peur de l’avenir, plutôt que d’encourager les jeunes en les invitant à déployer leur génie propre et leurs talents.

Et, comme le souligne Nadège, arrêtons d’opposer les adultes et les jeunes, comme si ces derniers venaient d’une autre planète… Aujourd’hui, il est vrai que le terme même de “jeunes” est devenu péjoratif : dans les médias, il est souvent synonyme de “délinquant” ! (”Des bandes de jeunes….”)

Je vous conseille de lire la note qu’Iz de TiGiliZ sur le miroir que nous tendent les jeunes.

Ce reportage fut l’occasion de découvrir les anciens locaux du Lycée Ronsard (aujourd’hui ceux de l’hôtel de ville), situé en plein centre ville, en compagnie d’un guide de choix : Isabelle Renou, proviseur adjoint, qui apris sur son temps de travail pour nous faire la viste. C’est de là que la génération 68, que peignait Georges Chaffard, était partie pour manifester en ville….

Dans le TGV qui nous ramenait vers Paris, j’avais la conviction que la génération vendômoise 2008 avait conservé la même capacité de mobilisation que ses aînés même si ce n’est plus pour les mêmes mots d’ordre.

Lorsque j’ai demandé aux élèves de Ronsard de m’inventer de nouveaux slogans capables de les mobiliser, voici ce qu’ils m’ont répondu :  ”N’aie pas honte de ton passé familial ni de ton pays”, dit Mustafa ; “Réfléchis avant de voter”, improvise Ayhan. “Stop aux inégalités !”, conclut Mégane.

Nous GiliZ, enfants de 68 !

Mardi, avril 1st, 2008

Gilles Donada 

Que reste-t-il de Mai 1968 ? Eh bien, je dirais sous forme de boutade : le tandem GiliZ de TiGiliZ ! Je m’explique :  Gil (Gilles, c’est-à-dire celui qui vous écrit présentement) et iZ (Isabelle, ma voisine de derrière) sommes les enfants du fameux mois de mai : Isabelle est née le 1er avril 1968 - c’est aujourd’hui son anniversaire ; reprenons tous en choeur :Jo-yeux-a-nni-ver-saire, Isabelle ! - à Malo-les-Bains (Nord-Pas-de-Calais), et moi le 15 mai 1968 à Paris XIVème. Le Ti de TiGiliZ, en revanche, est moins directement concerné puisqu’il avait 7 ans à l’époque des faits.

Marqués du sceau 68 dès notre naissance, le GiliZ était donc prédestiné à traiter ce dossier Mai 1968 à découvrir dans votre hebdo Pèlerin ce jeudi 3 avril 2008. Nous avons travaillé avec nos amis de la cellule reportage (coucou à Philippe Demenet, France Lebreton et Benoît Fidelin !).

Pour vous mettre en appétit, voici les spots radio (Spot radio 1 Pèlerin mai 68 / Spot radio 2 Pèlerin mai 68 / Spot radio 3 Pèlerin mai 68) qui seront diffusés à partir de jeudi sur RTL, Europe 1, Sud Radio, RCF, Radio Notre-Dame, entre autres.

Notre angle - les 15-25 ans jugent Mai 1968 - nous a permis d’échapper aux querelles des adultes : pour ou contre Mai 1968 ? Pour les jeunes que nous avons interrogés dans notre sondage exclusif Pèlerin TNS Sofres et pour les lycéens que nous avons rencontrés, le sujet ne fait absolument plus débat.

Ce qui nous a laissé tout le loisir d’approfondir leur proximité avec les aspirations et les slogans de Mai 68 mais aussi leur distance vis-à-vis des revendications de leurs aînés. Une enquête passionnante !

Dernière confidence : Mai 68 évoque surtout, pour moi, les affres dans lesquels mes parents ont été plongés le jour de ma naissance.  Né prématuré à 7 mois (oh, le pauv’ chou !) , j’ai dû être transporté d’urgence à l’hôpital dans un Paris hérissé de barricades et de tumultes.

Mon père et ma mère redoutaient que, sur le trajet,  des manifestants se cachent dans l’ambulance pour échapper aux charges des CRS et que ces derniers nettoient l’habitacle à coups de matraques, envoyant valdinguer la précieuse couveuse…

Vous pouvez vérifier hic et nunc que ces craintes étaient infondées !

J’ai grandi dans le récit de ce “roman des origines” que mes parents m’ont souvent raconté à tel point - je m’en rends compte en vous écrivant - que j’ai presque l’impression d’avoir assisté à la scène de la baston entre CRS et étudiants depuis ma couveuse ! Et, à ce jour, je ne sais pas comment s’est déroulé précisément le fameux trajet maternité-hôpital…

Autrement dit (et là, je bascule dans le hors-piste d’une psychanalyse sauvage), j’ai fait miennes les craintes de mes parents au point de leur donner une certaine réalité dans ma vie, du moins en imagination, alors qu’elles ne coïncident pas avec la réalité objective de ce qui s’est passé ce jour-là.

Les psys disent que les bébés sont comme des éponges : ils captent les sentiments - positifs comme négatifs - des parents (ces derniers ne doivent pas culpabliser : les sentiments, ça ne se commande pas !)… En tout cas, il est étonnant de constater combien “un récit familial” influe sur la construction de l’image qu’on a de soi… Bon, j’arrête là cette introspection nombrilesque. Et de toute façon, c’est un autre sujet.

Rendez-vous jeudi en kiosque (ou dans votre boîte à lettres, si vous êtes abonné) et sur ce blog pour la suite des coulisses et des réflexions suscitées par  notre enquête sur Mai 68.

Vieillesse = sagesse…

Vendredi, mars 21st, 2008

Par Gilles Donada 

J’ai toujours cru que vieillesse rimait avec sagesse. C’était sans doute l’image que m’offraient mes grands-parents qui avaient manifestement réfléchi aux choses de la vie…

J’ai découvert une autre facette de la vieillesse lorsque je suis entré comme étudiant à la Sorbonne au début des années 1990.

Nous avions des cours dans le fameux amphithéâtre Richelieu et certains jours, à certaines heures, une fois le cours achevé, il était quasiment impossible de sortir des travées car nous affrontions un contre-courant très puissant : nous étions littéralement bousculés par des hordes de grands-mères et de grands-pères survoltés qui jouaient des coudes pour accaparer les meilleurs places pour les conférences de l’université inter-âges.

Depuis, je suis régulièrement confronté à cette impatience, parfois agressive, dans la file d’attente du supermarché, dans le bus, le métro… Moi, quoi croyais naïvement que vieillesse allait de pair avec politesse, patience, sérénité, recul sur l’agitation quotidienne…

Un nouvel éclairage m’est apparu en préparant un prochain sujet. J’ai interviewé la très intéressante Nancy de la Perrière, qui est l’une des bénévoles en charge des entretiens au sein de l’Ecole des grands-parents européens.

Elle m’expliquait que l’éloignement d’avec les enfants et les petits-enfants étaient très douloureusement vécu (”comme une condamnation à mort prématurée”, dit-elle), non seulement à cause de la coupure des liens affectifs mais aussi à cause de la conception complètement différente du temps vécu par les uns et par les autres.  

Pour les plus jeunes, ce qui compte dans le temps, c’est l’instant d’après. Mais pour certains parmi nos aînés, le temps c’est ce sable qui file entre nos doigts nous rapprochant inéluctablement de l’heure de notre propre fin. Un temps pour bâtir d’un côté, un temps pour mourir de l’autre.

Je comprends mieux, dès lors, l’espèce d’impatience anxieuse qui saisit certains (et certaines) :  tout ce qui n’est pas vécu maintenant est peut-être irrémédiablement perdu.

Et je ne peux m’empêcher de songer à une autre phrase, attribuée à Mère Teresa : “Tout ce qui n’est pas donné est perdu”. Tout donner, même notre temps qui passe.

Désir d’enfant

Mercredi, mars 19th, 2008

Par Isabelle Vial

Je vous ai déjà parlé de ma  ziggourat, cette pile de livres à la gauche de mon bureau, qui penche dangereusement au rythme de l’arrivée de livres en provenance de maisons d’édition bien intentionnées. La semaine dernière, j’ai ainsi reçu le livre de l’animatrice de télévision Laurence Boccolini (1).

Et me voici devant un cas de conscience, que je me permets de vous livrer. Voilà une histoire très touchante : on comprend que l’auteur, malgré cinq ans de tentatives, n’arrive pas à avoir un enfant.

Que faire face à un tel livre ? La douleur qu’il recèle doit-elle nous pousser à nous incliner devant lui ? C’est-à-dire à en publier la critique ? Ce qui reviendrait à vous conseiller de l’acheter, puisque nous avons décidé, dans les pages Famille, de ne parler que des livres que nous jugeons utiles, importants ou agréables pour vous.

Or, je le dis franchement, ce n’est pas le cas de ce livre : il tient davantage du bloc d’émotion concentré et du « déballage » de douleur intime. Il ne raconte rien, hormis des anecdotes sur le malheur de l’auteur, sur l’injustice de ce malheur, et sur les trucs bêtes qu’un tel malheur la conduit à faire… Cela valait-il ce livre ? Quel besoin de mettre sur la place publique ce qui aurait dû rester dans l’intimité partagée d’une famille, d’une amitié ou de solidarités de proches ?

Si c’était aussi simple, je n’aurais pas de scrupules à le faire glisser vers la « ziggourat » des livres dont nous ne parlerons pas. D’où vient alors le malaise ? C’est que Laurence Boccolini touche juste : son histoire est dramatique, ce problème est tabou, on aimerait lui dire que ça va aller et on sent bien qu’on n’y peut rien… On perçoit que cette douleur lui « bouffe » l’existence, l’occupe tout entière… Et comment ne pas la comprendre ? Elle a raison quand elle délivre ce message auprès des jeunes femmes : si vous le pouvez, n’attendez pas trop longtemps… Rappelons que l’âge de la première grossesse est passé de 24,2 ans en 1978 à 29,7 ans aujourd’hui. Laurence Boccolini vient nous dire de façon très juste qu’un enfant ne vient jamais sur commande…

Mais pour autant, la douleur, même profondément compréhensible, éminemment respectable, ne peut pas ouvrir tous les droits. Et la compassion ne doit pas nous empêcher de dire que ce livre est vide. Se considérer comme une victime, même d’un malheur aussi grand, ne donne pas le droit à faire vendre n’importe quoi.

(1) «  Puisque les cigognes ont perdu mon adresse… » , de Laurence Boccolini, Ed. Plon, 140 p., 16 Euros.

Conversations de bureau

Vendredi, mars 14th, 2008

Par Timothée Duboc 

A en croire un article paru dans Libération cette semaine, de plus en plus de salariés souffriraient de travailler dans des bureaux sans cloisons, ces vastes plateaux dits en “open space”. Le désagrément principal ? L’impression d’être sans cesse épié par ses collègues. L’objectif recherché par les employeurs, on s’en doute, outre la volonté de rentabiliser les mètres carrés, est d’établir une meilleure communication, et donc d’efficacité.  ”Or la qualité et la productivité de ces échanges restent à mesurer”, relève une sociologue interviewée par le quotidien. 

Je tiens à apporter ma pierre au débat : relisez la note de Gilles Donada intitulée “Simulateur d’aube”. Il y relate une tranche de vie, dans un service semi-ouvert (”semi-paysager”, dit-on aussi), au sein de la rédaction de Pèlerin. Où l’on découvre que dans cette ruche où chacun s’active, l’on s’épie en effet et l’on communique tout autant. Quant à savoir si l’on est efficace… Je fais le pari que oui, même si je nous sais avant tout ”conviviaux” : j’avoue personnellement qu’avant cette conversation “professionnelle”, je n’avais jamais entendu parler de ces simulateurs d’aube et je me dis que je ne suis pas le seul. Qui sait si cette information sur le blog n’ouvrira pas de nouveaux horizons matinaux à l’un ou l’autre des internautes qui nous lisent ?  

  

Simulateur d’aube

Mardi, mars 11th, 2008

Par Gilles Donada

L’article sur l’influence de la météo sur nos humeurs (que l’on doit à notre talentueuse Iz du TiGiliZ) a déclenché une discussion animée dans notre service.

Tout a commencé par l’incroyable révélation de Christophe, le responsable du site pelerin.info, qui travaille à deux blocs de bureaux (soit 6 mètres environ de mon bureau : je viens de mesurer la distance à grandes enjambées). Sa chère et tendre lui a offert à Noël dernier “un révélateur d’aube”.

“Un quoi ?”, lançons-nous en choeur.

“On dit simulateur d’aube !”, dit la voix venue de l’autre côté de nos rayons de bibliothèque, occultée par une splendide tenture bleue.

Maryvonne, notre collègue spécialiste ès religion et… simulateur d’aube, quitte aussitôt son bureau en contournant les bibliothèques pour nous rejoindre.

Que les choses soient claires : le simulateur d’aube n’a rien à voir avec une quelconque contrefaçon dans le domaine du vêtement liturgique.

“Je voulais en acheter un pour mon mari qui a du mal à se réveiller en hiver, reprend Maryvonne décidément très informée sur la simulation aurorale.  Il faut aussi que j’en offre un à ma soeur… Moi, je n’en ai pas besoin. Je me réveille toute seule à 6h, quoi qu’il advienne. Je n’ai jamais aimé l’effet douche froide de la sonnerie du réveil”.

Nous nous tournons vers Christophe qui a le privilège d’expérimenter les bénéfices du réveil du 3ème millénaire.

“Ce qui est bien avec le simulateur d’aube, détaille-t-il, c’est que je me réveille sans m’en rendre compte. Je règle l’appareil 20 mn avant l’heure désirée et il diffuse une lumière qui devient de plus en plus  intense dans la pièce. Le réveil n’est pas brutal… Je me lève sans ressentir l’habituel effet pesant… Maintenant, j’ai une autre qualité de réveil ! C’est un vrai bonheur !”, conclut l’enthousiaste internaute en chef. 

Nous retournons vaquer à nos affaires, rayonnant intérieurement d’une lumière nouvelle ; et habités, désormais, d’une confiance inébranlable dans le progrès scientifique.

La messe en famille, quel marathon !

Vendredi, février 22nd, 2008

Par Isabelle Vial 

La messe, un moment de retrouvailles avec la communauté, de repos, d’apaisement, de retour sur une semaine chargée ? Jusqu’à dimanche dernier, j’aurais pu le croire. Mais non, la messe, c’est du sport, et pas que physique. Ca demande une endurance et une adaptation de tous les instants. Jugez-en plutôt.

Tout commence par la troisième fuite d’eau dans l’école de ma fille. « La troi-siè-me ! Vous vous rendez-compte ? », rugit à mes oreilles une mère de l’école sur le parvis, scandalisée. Le temps d’apaiser son courroux, nous voilà à cavaler comme des beaux diables (!) pour rattraper notre retard. Lectures. C’est le moment que choisit mon fils de 11 mois pour tripoter gentiment les cheveux de la dame assise sur le banc devant nous. Du coup, mon attention s’égare : je concentre tous mes efforts pour l’empêcher de tirer sur les longues mèches en s’époumonnant, tout fiérot, « ababa-babaaaaa ».

Ensuite, voilà que la chargée de l’équipe de laïcs, qui prépare la messe chaque semaine, nous annonce que ce dimanche, l’équipe s’est trouvée dans une impasse et a eu une idée éclatante : pas d’homélie qui tienne aujourd’hui, non, voilà chacun renvoyé à ses réflexions intérieures, avec quelques pistes quand même : « quelles ont été les grandes ruptures de votre vie ? Les renaissances après les coups durs ?… » Chacun est invité à réfléchir en silence.

Mes réflexions viennent à peine de quitter l’écume superficielle et les réponses évidentes, qu’une amie me tapote le bras : « tu n’es pas au courant ? L’éveil à la foi des 4/6 ans a changé de date : c’est aujourd’hui ! ». La relecture de ma vie allait commencer, la voilà déjà terminée ! Je prends ma fille par la main, la fais descendre dans la crypte : je compte bien l’y abandonner lâchement, histoire de retrouver le fil de mes pensées et… de ma prière.

Peine perdue ! «  Il y a beaucoup de malades, je suis toute seule avec les enfants, tu ne pourrais pas rester ? », me susurre la responsable du jour. D’en bas, un œil sur les enfants occupés à dessiner Jésus, Moïse, Elie et la « nuée lumineuse » (Matthieu 17, 1-9) , je me surprends à rêver de pouvoir un jour suivre tranquillement une célébration de bout en bout, assise.

A peine remontée à temps pour l’Eucharistie, j’ai l’impression d’attraper l’hostie au vol….

Voilà déjà la messe terminée. Encore juste un petit renseignement à glisser au prêtre. Averti sans doute de mes allées et venues, le voilà qui me renvoie chez moi avec un clin d’œil appuyé : « A bientôt, et prie en paix ! » On n’aurait pas mieux dit. Vivement lundi, qu’on puisse prier tranquille !

Famille dans tous les sens

Mercredi, janvier 30th, 2008

Par Gilles Donada 

Quand nous nous présentons comme journalistes de la rubrique Famille de Pèlerin, nos interlocuteurs nous répondent parfois, presque sur le ton de l’excuse : “Ah, mais moi, vous savez, je suis célibataire”.

Nous comprenons alors que notre interlocuteur/trice entend le mot famille comme la cellule familiale de base : parents et enfants.

A Pèlerin, notre acception du mot famille est beaucoup plus vaste.

Il y a tout d’abord la famille au sens horizontal : les frères et soeurs, les cousins cousines, qui appartiennent à peu près à la même génération que nous.

Il y a aussi la famille au sens vertical : les parents, grands parents, oncles et tantes, parrains et marraines, petits-fils et filles… C’est ce que nous appelons, dans notre jargon, les relations intergénérationnelles.

Mais il y a également la famille que j’appelerais diagonale : les neveux et nièces, qui comptent beaucoup, même si l’on n’a pas d’enfant soi-même.

Agnès Thépot, l’assistante de notre service Famille - Religion - Relations lecteurs - Internet, nous parlait d’ailleurs ce midi, à la cantine, de son tonton jésuite, avant dernier d’une famille de sept enfants, qui est entouré par une trentaine de neveux et nièces, sans parler des arrière-petits-neveux et nièces…

Et je n’évoque pas ici, la famille spirituelle : ces frères et soeurs en Christ qui nous sont donnés de rencontrer au sein de la paroisse, d’un groupe ou d’un mouvement…

Bref,  la famille peut en cacher une autre.

La sagesse de Sophie

Vendredi, janvier 25th, 2008

Par Gilles Donada 

Sur le plateau de la rédaction de Pèlerin, nous avons la chance, nous le service famille, d’être placés dans le même espace, fermé par des bibliothèques, que les services relations lecteurs et internet.

Ainsi, nous avons la chance de bénéficier des échos directs ou indirects de nos lecteurs. En début de semaine, Françoise Toutlemonde, qui s’occupe avec Agnès Thépot des relations avec les lecteurs, a déposé sur mon bureau la lettre de Sophie de Quimper.

Sophie débute ainsi sa lettre : “Voilà bien longtemps que je voulais vous écrire ! Enfin, je prends la plume”. Pour notre plus grand plaisir, chère Sophie !

Sophie nous explique qu’elle a 45 ans et qu’elle est “célibataire”(le mot est souligné). Ce mot a fait tilt dans mon esprit : il m’a rappelé vos premiers commentaires à l’ouverture de TiGiliZ qui nous demandaient de ne pas oublier les personnes seules.

Sophie est “handicapée suite à une longue maladie”. Elle vit avec 620 € par mois et ne peut plus travailler depuis cinq ans. Suit une énumération de toutes ses activités : animatrice d’arts plastiques pour adultes handicapés, professeur de peinture pour des enfants et des ados dans une atelier municipal, auteur d’une fresque dans le service pédiatrique du CHU de Bret, joueuse d’accordéon chromatique…

“Aujourd’hui, résume Sophie qui parle également couramment l’anglais et l’allemand, avec le peu de santé qu’il me reste, je me consacre à la gravure et à l’aquarelle”.

Je ne sais pas si la lecture de toutes ces activités a produit le même effet sur vous que sur moi, mais je confesse que celle-ci a suscité mon admiration et ma joie : quelle énergie offerte !

En lisant entre les lignes de Sophie, je comprends son message : ce n’est pas parce qu’on est seul(e) qu’on n’est pas fécond ! Ici, à Pèlerin, nous n’en avons jamais douté ; mais il est bon de se le dire, et de se le redire : toute vie est porteuse d’une fécondité et d’une richesse denses et profondes. Et dans notre métier de journaliste, nous avons la chance de pouvoir en recueillir le miel pour l’offrir à nos lecteurs.

Je vous laisse méditer sur la conclusion de la lettre de Sophie, qui porte bien son prénom (Sophia veut dire sagesse en grec)

“Je voulais vous dire, malgré tout ce que j’ai perdu, malgré les moments de désespoir, la vie est merveilleuse, dure, mais merveilleuse. Ma foi me remplit d’espoir chaque jour (je pourrais vous en parler des heures) et les petits riens de chaque jour sont des pierres d’achoppement pour enrichir un quotidien simple et nu.”

Nouveau blog et bonne année !

Lundi, janvier 14th, 2008

par Timothée Duboc

« Un blog, c’est comme un très, très gros mégaphone, pour dire n’importe quoi, mais à plein de gens d’un coup. » « Le blog est comme le jean taille basse : une tendance assez populaire pour que tout le monde montre son nombril sans complexe.»

Voici quelques définitions concoctées par des blogueurs rompus à l’exercice, glanées… en surfant sur leurs blogs. Difficile exercice d’écriture, à y regarder de plus près… Entre le bavardage – fût-il démultiplié – et le narcissisme – fût-il bourré d’humour –, pas facile de trouver une chemin de traverse.

Et pourtant, nous aimerions tellement faire du TiGiliZ* ce chemin de traverse, ce lieu d’ébullition et d’échanges, ce rendez-vous convivial où nous brasserions les sujets d’interrogation, de débats, d’indignation ou d’enthousiasme qui ne manquent pas de pimenter notre quotidien de journalistes. Et pour cause : nos sujets de prédilection, dans les pages « Famille » de Pèlerin, sont l’humain, les relations qu’ils tissent entre eux, les sentiments qui les animent, les peurs qui les effleurent, les joies et les émois qui les transportent, les façons de vivre qui les éloignent ou les rapprochent, les idéaux qui les animent… Un terreau inépuisable pour qui se pique d’être tour à tour commentateur, rapporteur, vulgarisateur, porte-voix d’experts, témoin de sa propre vie…

J’écrivais le mot « échanges » plus haut. C’est bien la définition du blog, non ? « Nouveau mode d’expression en ligne, le blog est un site personnel et interactif, ouvert aux commentaires de tous. » « Nouveau »… façon de parler : le mot – contraction de « web » et « log » – fête ses dix ans. « Personnel »… presque : nous formons, Gilles Donada, Isabelle Vial et moi, une triplette. « Interactif » : trois fois oui, si vous le voulez bien. « Ouvert à tous » : et comment !

Et pour commencer, c’est à tous que je souhaite une bonne et heureuse année, sans mégaphone mais très chaleureusement.

* TiGiliZ, qu’est-ce au juste ? Tout simplement un nom formé à partir de portions des prénoms des journalistes qui tiennent à compter d’aujourd’hui ce carnet de bord : Timothée, Gilles, Isabelle.