L’Eglise doit « regarder la jeune fille innocente droit dans les yeux »
Le mal médiatique est fait. Beaucoup de gens garderont en mémoire qu’un archevêque et le Vatican ont excommunié la mère d’une petite brésililenne violée et l’équipe médicale qui a procédé à l’avortement. Comme souvent dans l’Eglise, les réactions ne suivent pas le tempo médiatique qui réclame l’immédiateté.
De nombreux évêques ont pris la parole pour se démarquer de l’attitude de Mgr Sobrinho, archevêque de Récife, qui a procédé aux excommunications et de Cardinal Re, qui, au Vatican l’avait approuvé. Le dernier en date : Mgr Di Falco, évêque de Gap et d’Embrun, qui rappelle cette phrase du concile de Trente : « Les évêques ne doivent pas se comporter comme des bourreaux mais comme des pasteurs ».
Depuis, l’assemblée des évêques du Brésil a levé l’excommunication et Mgr Rino Fisichella, président de l’Académie pontificale pour la vie, a (enfin) apporté les paroles de miséricorde attendues. Elles ont été publiées dans l’Osservatore Romano le 15 mars. En voici les principaux extraits.
« Il s’agit d’une jeune fille innocente que l’on doit regarder droit dans les yeux, sans détourner un instant le regard, pour lui faire comprendre à quel point nous l’aimons.
Nous l’appellerons Carmen ; ces derniers mois à Recife, au Brésil, elle a été violée à plusieurs reprises par son jeune beau-père à l’âge tendre de neuf ans, elle est tombée enceinte de jumeaux et sa vie ne sera plus facile. La blessure est profonde car la violence entièrement gratuite l’a détruite intérieurement et elle lui permettra difficilement, à l’avenir, de regarder les autres avec amour. Carmen représente une histoire de violence quotidienne ; elle n’est apparue sur les pages des journaux que parce que l’archevêque de Recife s’est empressé d’infliger l’excommunication aux médecins qui l’ont aidée à interrompre la grossesse. Une histoire de violence qui, malheureusement, serait passée inaperçue tellement nous sommes habitués à entendre chaque jour des faits d’une gravité sans égale, si cela n’avait été pour le bruit et les réactions suscitées par l’intervention de l’évêque.
La violence sur une femme, déjà grave en soi, prend une valeur encore plus condamnable lorsque celle qui la subit est une petite fille sans défense, avec la condition aggravante de la pauvreté et de la misère sociale dans lesquelles elle vit. Il n’existe pas de langage approprié pour condamner ces faits et les sentiments qui en dérivent sont souvent un mélange de colère et de rancœur qui ne s’assoupissent que lorsque la justice est réellement rendue et que l’on a la certitude que la peine infligée au criminel en question sera purgée.
Carmen devait tout d’abord être défendue, embrassée, caressée avec douceur pour lui faire sentir que nous étions tous avec elle ; tous, sans aucune distinction. Avant de penser à l’excommunication, il était nécessaire et urgent de sauvegarder sa vie innocente et de la ramener à un niveau d’humanité dont nous, les hommes d’Eglise, devrions être des annonciateurs experts et des maîtres. Il n’en a pas été ainsi et, malheureusement, la crédibilité de notre enseignement s’en ressent, apparaissant aux yeux de tant de personnes comme insensible, incompréhensible et privé de miséricorde.
[...] Ce dont nous ressentons le plus le besoin en ce moment est le signe d’un témoignage de proximité avec celui qui souffre, un acte de miséricorde qui, tout en conservant fermement le principe, est capable de regarder au-delà du domaine juridique pour parvenir à ce que le droit lui-même prévoit comme objectif de son existence : le bien et le salut de ceux qui croient dans l’amour du Père et de ceux qui accueillent l’Evangile du Christ comme les enfants, ceux que Jésus appelait à ses côtés et serrait dans ses bras en disant que c’est à ceux qui sont comme eux qu’appartient le royaume des cieux.
Carmen, nous sommes avec toi. Nous partageons avec toi la souffrance que tu as éprouvée, nous voudrions tout faire pour te rendre la dignité dont tu as été privée et l’amour dont tu auras encore plus besoin ; ce sont d’autres personnes qui méritent l’excommunication et notre pardon, non pas ceux qui t’ont permis de vivre et qui t’aideront à retrouver l’espérance et la confiance malgré la présence du mal et la méchanceté de nombreuses personnes. »
Lire le texte intégral (agence Zenit).
17/03/2009

