Que penser du Ticket Psy ?

Nouveau chèque bien-être, voici le Tickey Psy. Il est formé d’un carnet de cinq tickets donnant droit à des consultations auprès de psys (psychologues, psychothérapeutes, psychiatres) « à moins de 30 mn du domicile ou du travail ».  Comme le Ticket Restaurant ou le Chèque vacances, il est proposé par votre entreprise à qui est facturée chaque consultation (environ 100 €). Ce qui ne va pas sans soulever un certain nombre de questions.

La principale inquiétude concerne la confidentialité : puisque c’est l’entreprise qui distribue le Ticket Psy, votre patron sera-t-il tenu au courant de votre besoin de consulter ? Non, assure ASP Entreprises, la société privée d’aide et de soutien psychologique qui gère le dispositif car le carnet sera distribué par des agents astreints au secret professionnel : assistante sociale, médecin du travail ou… la DRH ! Dans ce dernier cas, les assurances d’ASP n’apaiseront pas les inquiétudes…

Dans les consultations psys habituelles, payer soi-même son psy fait partie intégrante de la démarche : elle est le signe d’une décision et d’une implication personnelle. Qu’en est-il ici ? Là encore, ASP se veut rassurant : le carnet (éventuellement renouvelable une fois) ne contient que 5 tickets. Il s’agit d’une amorce, d’un coup de pouce. Si le salarié veut poursuivre une thérapie, ce sera à ses frais.

Le Ticket Psy se veut une réponse au mal être au travail. « Dès qu’on réfléchit à des solutions, deux visions s’opposent : repenser l’organisation du travail ou soutenir les gens. Autant sortir de cette polémique et considérer la souffrance au travail en tant que telle, qu’elle que soit la raison », explique Valentine Burzynski, directrice générale d’ASP à Marie-Joëlle Gros de Libération (21/01/09))

Mais pourquoi choisir entre « repenser l’organisation du travail » et « soutenir les gens » ? Cette posture manifeste un mal bien français qui ne pense qu’en « ou… ou bien » au lieu de penser en « et…et ». On peut faire la promotion du Ticket Psy et repenser l’organisation du travail. Sinon, on en reste au mot d’ordre ultralibéral : « C’est aux hommes de s’adapter au système et non le système de s’adapter aux hommes ». Ce qui a  »l’avantage », pour le système,  aussi fou soit-il, d’éviter de se remettre en question ! On n’est pas étonné d’apprendre que les premiers clients de ce dispositif soient « de gros établissements financiers », selon la confidence de l’un des concepteurs à Domitille Arrivet du Point (24/09/08)

Mieux vaut prévenir que guérir. En la matière, une étude menée par A. Nyberg et coll. sur 10 ans auprès de 3122 hommes a démontré que « quatre qualités managériales » permettent d’éviter aux salariés des problèmes cardiaques : « Délivrer une information suffisante, laisser une prise active sur la tâche, expliquer les buts à atteindre et être capable de réaliser des changements », rapporte le Dr Béatrice Vuaille dans le Quotidien du Médecin (26/11/08, « Quand le patron va droit au coeur »).  Les auteurs de l’étude concluaient : « On peut envisager de réaliser des interventions au travail pour faire adopter par les manageurs des comportements permettant de prévenir les cardiophathie ischémiques* des surbonnés. »

A quand le Ticket Coaching pour les cadres ?

 Gilles Donada

* Cardiopathie ischémique : terme générique regroupant tous les troubles et maladies cardiaques consécutifs à un arrêt ou à une réduction de l’irrigation sanguine du coeur.

22/01/2009

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