Avec une famille d’ATD Quart Monde
Notre collègue Muriel Fauriat vient de publier un formidable reportage auprès d’une famille lyonnaise ( »Bienvenue chez Guy, Gisèle et Céline », Pèlerin n°6568 du 16 octobre 2008) soutenue par l’association ATD Quart-Monde, dont on célèbre aujourd’hui la journée mondiale du refus de la misère. Elle nous livre ses interrogations.
On ne revient pas d’un reportage sur ATD Quart-Monde sans se poser des questions sur la misère, la pauvreté, le grand plongeon. Grâce aux nombreuses discussions avec des volontaires d’ATD Quart Monde, on a quelques réponses, on mesure aussi l’importance de leur engagement.
Nés dans la misère. Quels mots terribles. Comment on naît-on dans la misère, en France aujourd’hui ? C’est la faute à « pas de chance », au chômage. Des parents pauvres, fragiles, malades, qui n’ont pas été soutenus au moment où ils en avaient besoin, qui eux-mêmes sont nés dans la misère… Des assistants sociaux, éducateurs… qui n’ont pas vu, n’ont pas compris, se sont trompés ou sont tout simplement débordés. Alors, les enfants sont placés, la famille disloquée. Le peu qui permet de « tenir » au jour le jour n’existe plus, alors tout peut arriver. Des gens se retrouvent seuls, sous les ponts.
Pourquoi, d’un seul coup, ça dérape ? Le gouffre, la famille que j’ai rencontrée l’a évité, de peu. Leur logement perdu, et c’était la descente… Parce que, une fois épuisé l’hébergement dans la famille, chez les amis, à l’hôtel, dans les centres, les familles vont où ? A la rue. Alors les enfants sont placés, la famille disloquée…
Bruno Tardieu, délégué national d’ATD Quart Monde, a beaucoup insisté sur ce sujet : l’association s’est battue pour le Droit opposable au logement : « Une grande victoire. le logement, c’est un droit! Il fallait un recours. Tout le monde considère que c’est normal d’avoir une place à l’école, tout le monde doit considérer dorénavant que c’est normal d’avoir un logement. Etre à la rue, c’est inhumain. » Le travail des bénévoles, des associations, alors est essentiel : souvent, les gens ignorent leurs droits, et se laissent mettre à la porte, alors que des recours sont possibles.
Guy, Pascale (une volontaire ATD) et Bernard.
Illustration : Elsie Herberstein
Etre SDF. Rencontré à ATD Lyon, Bernard, 52 ans, disait : « Un jour dans la rue, c’est 4 jours pour s’en sortir, dix ans dans la rue, c’est quarante ans pour s’en sortir »… Bernard a été dans une communauté de SDF, de 10, 15 personnes, dans la rue, pendant dix ans : « J’étais descendu à 50 kg, je buvais, je n’avais plus d’ongles, la peau sur les os. On nous crachait dessus. On nous pissait dessus. Pourtant, même quand j’étais dans la rue, j’étais un être humain. » Bernard a été pris en charge par l’hôpital militaire de Lyon. Pendant quatre ans, il a été « remplumé », il a réappris à marcher, à écrire. Comment en arrive-t-on là ? « Un gros problème au départ… et puis il y a des filets en France (RMI…)… mais les mailles du filet sont trop grosses : des gens passent à travers! »
Bernard a rencontré ATD Quart Monde par l’intermédiaire d’une « alliée », ces bénévoles de l’association qui servent de lien entre les plus pauvres et le reste de la société. Maintenant il a un studio : « Je suis pauvre, mais malgré le peu que j’ai, j’arrive à gérer ma vie. »
Alors que faire ? Resserrer les mailles du filet, ne pas permettre la dégringolade. Et pour cela, il en faut, des volontaires, des bénévoles, des mains tendues… Et combien y a-t-il de places en France pour « récupérer » les gens qui sont dans un gouffre ?
Le RSA. « Pour les plus pauvres, ça ne sert à rien, dit Bruno Tardieu, délégué national d’ATD Quart Monde. C’est utile pour ceux qui travaillent déjà! Le risque est une marginalisation des plus pauvres, or il faut investir pour ces personnes-là ».
Muriel Fauriat
Gilles Donada
17/10/2008




04/03/2010 à 13:25
J’ai passé un agréable moment et une chouette lecture sur votre site internet. a quand un nouveau post. Original et sympa !bonne continuation.