Nicolas Auray : “Les copains d’avant apportent une forme de sécurité”
Pour l’enquête parue dans Pèlerin n°6560 du 21 août 2008, sur le phénomène des sites internet comme “Copains d’avant” qui permettent de renouer avec des amis d’enfance, notre journaliste, Isabelle Gravillon, a rencontré Nicolas Auray, sociologue, spécialiste des nouvelles technologies et enseignant chercheur à l’Ecole nationale supérieure des télécommunications. Il analyse les motivations mais aussi les limites de ces réseaux sur internet.

Les réseaux sociaux sur Internet créent-ils de véritables relations ?
Nicolas Auray : Les liens créés par le biais de ces sites apportent une forme de sécurité et de réassurance. Désormais, les individus n’attendent plus que la protection vienne de l’Etat mais plutôt de leurs amis, en tout cas de communautés de personnes qui partagent leurs goûts, leurs affinités. Pour s’ancrer dans un monde où le collectif s’est complètement délité, on se regroupe entre ceux qui ont partagé le même passé, qui aiment la même musique, le même sport. Il est assez fréquent que de tels besoins communautaires se développent dans des périodes où l’on dérégule, on flexibilise, où les engagements ne sont pas durables. Les réseaux numériques permettent de soigner cette peur déclenchée par la précarité.
Cette tendance ne fait-elle pas courir un risque à la cohésion sociale ?
Si. Sur ces réseaux sociaux numériques, l’individu recherche le semblable et ne s’intéresse pas au différent. Certes, on est en quête de collectif, mais il faut qu’il soit compatible avec sa singularité individuelle ! Ces réseaux créent donc du lien social, mais un lien séparateur entre les communautés. Un peu d’ailleurs à l’image de ce qui se passe au sein des individus, de plus en plus scindés entre plusieurs identités : on est une personne au travail, une autre dans ses loisirs, une autre encore avec ses voisins. Et ces identités ne communiquent pas entre elles.
A notre époque, n’est-il pas impératif d’avoir des « relations », d’appartenir à un groupe ?
Il est probable que certains considèrent Copains d’avant comme une sorte « d’investissement en amitié ». Dans un monde de plus en plus dur, où l’on est très vulnérable, participer à ce site permettra peut-être de retrouver, parmi ses amis d’enfance, un médecin, un notaire, un agent immobilier… Et de capitaliser ainsi des amitiés potentiellement utiles. Les gens ont conscience de la valeur économique du carnet d’adresses. Et Internet leur offre un outil puissant d’exploration sociale pour faire des rencontres au-delà de leur univers habituel et se construire un « moi » plus puissant face au monde.
Recueillli par Isabelle Gravillon
Gilles Donada
21/08/2008


21/08/2008 à 14:10
c’est une grande joie de retrouver de la famille, des amis d’enfance, d’anciens élèves 50 ans après, quelquefois ! il est normal d’aimer se retrouver paraffinités
ce n’est pas du communautarisme; de plus, aucune obligation! bien sûr, certains se “déboutonnent”, mais n’aiment pas qu’on leur réponde sur le même ton. Le bilan de quelques années est très positif: vive l’amitié !
21/08/2008 à 17:00
Je suis sur le site “copains d’avant”…..et , pour moi ce n’est pas un “carnet d’adresse”…..!!!…ce sont simplement des ami(e)s retrouvés et avec qui on renoue le dialogue…Plus jeune nous avions une certaine amitié et il est sympa de savoir ce que sont devenus ses amis !…et pour rien au monde j’irai leur demander quoique ce soit matériellement !…Les sociologues vous voyez de drole de choses !…la majorité des gens ne sont pas des “interressés!”…..quand je retrouve un ou une amie je ne me pose pas la question à savoir a quoi il ou elle me sera utiles !!
Amicalement
Chantal Adrian