Sérénité des bébés

Par Timothée Duboc

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Le droit de garde opposable est l’idée centrale du rapport que la députée UMP Michèle Tabarot vient de remettre à François Fillon. Rappelons-en le principe : tout parent qui ne se verrait pas proposer une solution de garde pour ses enfants de moins de trois ans pourrait saisir la justice. L’idée est séduisante mais, de l’avis même du rapporteur, pas simple à mettre en œuvre, si l’on garde à l’esprit qu’il manquerait 322 000 places en crèche ou chez les assistantes maternelles, estimation sous-évaluée à en croire les calculs de la Cnaf qui évalue les besoins à 430 000 places.Une situation dont pâtissent les parents qui, selon les études, seraient 7 sur 10 à privilégier un accueil en structure pour leurs enfants, à une allocation permettant de financer une garde à domicile.

Et les enfants ? Difficile de demander leur avis à des tout-petits, certes. Faute d’entendre leur point de vue, on lira avec intérêt l’ouvrage signé par Didier-Marie Guénin, intitulé L’enfant de la distance, à paraître le 17 septembre, aux Puf, qui s’intéresse à la place que les enfants occupent vraiment dans la société.

Un livre que l’auteur, sociologue, déclare « né d’un étonnement, celui de percevoir que les enfants d’ici et d’aujourd’hui sont élevés hors du monde, alors même que les enfants des sociétés dites traditionnelles ou les enfants d’hier semblaient élevés dans les jambes de leurs mères, ou dans l’atelier de leur père (…). Hier ou là-bas, l’enfant vit au cœur de la société des adultes. Alors que quand j’observe notre société (…), je ne vois pas d’enfants. Ils sont cantonnés à un univers spécialisé : la crèche, les établissements scolaires, les terrains de sport ou les cours d’éveils variés. »

Récemment réunis à Paris, les membres de l’Association nationale des psychologues pour la petite enfance (Anapsy) s’inquiètent de leur côté de ce que nous préparons dès le berceau une génération de futurs hyperactifs. Elles soulignent le risque que présente pour les bébés le fractionnement de leur emploi du temps et de leur accompagnement par des personnes et en des lieux multiples, rançon de l’évolution de nos sociétés vers une gestion « où rapidité, immédiateté, efficience et rentabilité sont les mots d’ordre ».

Trouver des solutions permettant de concilier vie professionnelle et garde des enfants est une nécessité. Mais attention au prix qu’on leur fait payer, y compris aux plus jeunes d’entre eux. L’un des enjeux les plus épineux de l’éducation pourrait bien être, désormais, de concilier vie professionnelle et sérénité des enfants.

29/07/2008

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