Comment peut-on oublier son enfant dans sa voiture ?

On ne peut plus regarder ce spot TV automobile sans frissoner. On voit en gros plan un père prenant un plaisir manifeste à la conduite de sa voiture. Il traverse des bois, une plaine. Soudain, un “hum, hum” venu de la banquette arrière tire le conducteur de sa rêverie. L’homme se retourne et découvre ses deux enfants qui le regardent, les sourcils froncés : “Et l’école, alors ?” [vendredi 25 juillet, on apprend que Peugeot a été obligé de retirer sa campagne de publicité ]
Le slogan de la campagne Peugeot supprimée :
”7h42: vos enfants sont à l’arrière pour aller à l’école
15h37: vos enfants sont toujours à l’arrière.
La conduite passe avant tout.”
Depuis le début de l’été, la réalité est plus funeste que le monde de la pub TV. Le 18 juin à Béziers, un père oublie sa fillette de 19 mois qui décède de deshydratation ; le 15 juillet à Pont-de-Chéruy (Isère), c’est le tour d’un garçon de deux ans et demi, oublié par son père pharmacien ; et le hier, le 22 juillet, une fillette de trois ans meure dans les mêmes conditions à Saint-Marcel (Saône-et-Loire).
Le scénario est à peu près identique : un père part au travail et accompagne son enfant à la garderie, mais il oublie ce dernier dans sa voiture qu’il gare en plein soleil. Le soir, en rentrant chez lui, il découvre son enfant inanimé, mort par de déhydratation.
Comment peut-on en arriver à oublier son enfant toute une journée sans s’en rendre compte ? Devant le caractère totalement incompréhensible de cet oubli (en “état de choc”, les pères ont dû être hospitalisés), on cherche à comprendre l’inexplicable.
Sur RTL, le pédopsychiatre Stéphane Clerget apporte un éclairage en évoquant le rôle joué par ”la mémoire procédurale“ : celle qui est mise en oeuvre dans les gestes habitules et qui nous fait agir en “pilote automatique“, endormissant ainsi notre “vigilance“. Cette mémoire, rappelle les scientfiques, permet me mener à bien des tâches ordinaires (conduire sa voiture, manger) “sans devoir être totalement concentré sur ces tâches”.
L’habitude de se rendre directement au travail aurait été plus forte que celle d’accompagner ses enfants à la garderie… Le pharmacien de 38 ans a reconnu, rapporte le procureur de la République de Vienne, qu’il n’avait pas l’habitude de transporter son fils unique l’après-midi…
Ce matin, dans le Figaro, la sociologue Christine Castelain-Meunier, spécialiste de la question masculine, souligne la “difficulté des hommes à se glisser dans la peau du père contemporain” qui sait “combiner sphère professionnelle et sphère familiale“. Elle ajoute : “La capacité d’intériorisation de l’enfant par l’homme est encore insuffisante” : “Là où la femme pense en permanence à l’henfant, y compris au travail, l’homme continue d’être considéré d’abord - et avant tout comme un salarié. Et cela n’aide pas.”
Pour Françoise Blaise-Kopp, psychologue et conseillère à Pèlerin, ce genre d’oubli tragique est, pour une part, symptômatique d’une trop grande déconnection entre le cerveau gauche (celui du langage, de la logique, de l’analyse, de la perception du passé et du présent) et le cerveau droit (siège de la perception spatiale et du temps présent et futur, des émotions, des connaissances non verbales, etc.). Les hommes, dit-on, fonctionnant davantage avec leur cerveau droit, et les femmes avec leur cerveau gauche. Mais là, encore, gardons nous de généraliser. En mai 2007, c’est une maman belge qui avait oublié son bébé de 9 mois dans sa voiture. Avec les mêmes conséquences tragiques.
Toutes ces pistes de réflexion, si elles sont utiles, trahissent notre besoin, naturel et louable, de mettre en mots l’incompréhensible ; mais on finit pas se heurter à un mur.
Après une telle tragédie, d’autres questions vitales viennent à l’esprit. Comment (se) pardonner, soi-même et en couple, un tel oubli ? Comment affronter le regard des autres enfants qui ne comprennent pas comment papa a pu oublier le petit frère ou la petite soeur dans la voiture. Des questions qui donnent le vertige. Il faut apprendre à vivre avec des questions insolubles.
23/07/2008


24/07/2008 à 13:04
Il y a des mères qui pensent toujours à leur enfant et des pères qui pensent trop au travail ( sexisme anti-homme qui me choque en tant que père ) il aurait peut être mieux valu dire qu’il y a malheureusement des “gens” qui “ont” des enfants leurs propriétés comme celle de leurs chats ou chiens et des gens qui comme dirait françoise Dolto ne se sentent pas des droits sur “mon” enfant mes des “devoirs” vis à vis de ces êtres fragiles et vulnerables qui leur sont confiés.
A quand les cours “d’éducation parentale” bien plus nécessaires que l’éducation sexuelle ?
Mais certes on ne peut apporter à ses enfants que ce que l’on a d’abord reçu Apprenons aux adultes le sens des responsabilités, le respect de l’autre, l’attention à l’autre …..les valeurs chrétiennes certes ou seulement universelles
Et par ailleurs dénonçons aussi un type de société ou les seules valeurs enseignées sont le travail ( travaillez plus pour gagner plus dit notre président) et l’argent ( j’oublie le football )
A quand un président qui nous dira “Aimez plus pour vivre mieux” Non vous voyez il y en a un qui lorsqu’il disait cela on l’arrêtait pour le mettre sur la croix …Reste encore beaucoup de chemin à faire
24/07/2008 à 13:08
Avant d’apprendre à vivre avec des questions insolubles et une douleur intolérable, ne peut-on concevoir, de la part des constructeurs,un dispositif permettant de déceler la présence d’une personne dans la voiture, au moment de la fermeture des portes ? On nous signale bien nos lumières allumées!
24/07/2008 à 16:32
Et pourquoi pas un dispositif permettant de se sentir Père
Techniquement ça m’apparait impossible à moins de faire de nous des Cyborg mi-homme mi robots
07/08/2008 à 6:33
Après plusieurs lectures des explications “scientifiques”, je me pose toujours cette question primaire et non résolue : Comment peut-on oublier son enfant dans sa voiture?
Toute explication “rationnelle” me semble incompréhensible…
De surcroît, cela fait naître en moi une autre question : Dans quel monde vivons nous?
18/08/2008 à 15:21
Ca ne m’étonne pas !!! une mère y aurait pensé, elle, à son enfant… car elle sait ce qu’elle a subi pour l’avoir…..
21/08/2008 à 17:18
C’est bien toutes ces explications scientifiques etc…. mais nous sommes des etres humains !… Ces parents ont oubliés leurs enfants soit….mais , dans la journée ils n’ont pas eu une seconde une pensée pour leur enfant ? pas une fois ils se sont rappellés :”Oh ! les enfants !”…ou une parole de leur conjoint du genre: “améne le petit a la creche !”….Dans quel monde vit-on pour meme oublier ses enfants ???…sans meme penser a eux dans la journée ??
Une fois , en vacances , nous avons “oublié” notre chien sur un parking. Nous avions nos 6 enfants derriére , on s’est arreté sur un parking dans les Alpes…personne n’a vu le chien sortir…Arrivée a la maison , pas de chien !!
Mon mari a fait demi tour avec la voiture , a refranchi les 2 cols le soir pour le rechercher. Le chien nous attendait sur le parking !…Ce n’est pas l’oubli qui nous choque ….
C’est le fait que , pas un instant les gens repensent aux leurs… ça , je ne comprends pas???
Amicalement
Chantal Adrian