Amours et tribunal

Par Gilles Donada

L’affaire de l’annulation du mariage pour cause de non-virginité a plongé notre service dans la perplexité, voire le malaise. Comment y voir clair parmi tous ces commentaires mêlant sans distinction arguments juridiques, politiques, moraux, culturels, idéologiques, religieux ? Et toutes nos pensées finissaient par converger vers cette femme répudiée…

Dans cette affaire, cette femme a été réduite par son mari au rang de marchandise avariée avec la complicité inconsciente de la justice.  On parle beaucoup de la judiciarisation des relations professionnelles, mais la gangrène s’étend désormais à toutes les relations humaines, et notamment familiales.

On voit se multiplier les procès d’enfants contre leurs parents, de petits-enfants contre leurs grands-parents, et, bien sûr, ce n’est plus nouveau, de mari contre épouse, et réciproquement. Désormais, on préfère “régler” les problèmes relationnels au tribunal plutôt que de se parler. D’où le boom du métier de médiateur qui permet d’agir en amont du tribunal en facilitant le règlement de litiges et évitant l’engorgement de ce dernier.

Coïncidence amusante, je viens à l’instant de recevoir un communiqué de presse de l’Institut catholique annonçant pour le 14 juin la célébration de la fête de la médiation !

Ce phénomène de judiciarisation des relations humaines se conjugue à une logique contractuelle. Inspirée du droit commercial, la mentalité contractuelle cherche à envisager tous les cas de figure qui vont se présenter dans une vie afin de régler par avance les droits et les devoirs de chacun sous forme de clauses pointilleuses et tarabiscotées. Quelle vision de la vie ! “Chéri,  ce soir je sors avec des copines ce soir ! - Un instant, mon amour, je regarde ce que prévois l’article BX-42-457 de notre contrat de mariage.”

Cette logique est inhumaine car oublie que la vie est imprévisible et qu’elle est une surprise. Dans la vie de couple, elle se traduit par une logique d’alliance. Quand je dis oui à celle que j’aime, je ne connais pas tout de son passé affectif, sexuel, génétique, éducatif, ni elle du mien. D’ailleurs, je me connais si peu moi-même… Est-il raisonnable de penser que je serai exactement le même dans 10, 15, 30, 50 ans ?

Le oui que je te donne aujourd’hui est un pari, une promesse de vie,  une sorte de folie. C’est vrai, je ne sais pas ce que l’avenir nous réserve en bon comme en mauvais (mais ne dit-on pas qu’on “se marie pour le meilleur et pour le pire”) mais je sais une chose : ce risque, cette aventure, c’est avec toi que je veux la vivre  !

05/06/2008

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