Un taureau qui peut être vache
Par Gilles Donada
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La nouvelle a fait des bullles cette semaine : la boisson énergisante Red Bull sera en vente libre en France à partir du 15 juillet, après douze ans d’interdiction. Argument du ministère de l’Economie qui a donné son feu vert : le produit est déjà autorisé dans 25 pays européens sur 27… Pourtant, rappelle la Parisien, qui a consacré deux pages au sujet dans son édition du 29 mai, l’Agence française de sécurité sanitaire recommande de ne pas pas dépasser l’absorption de deux canettes par jour…
Composée de caféine (l’équivalent d’un café bien serré) et de taurine (un acide aminé découvert en, 1827 dans la bile de taureau et présent dans des aliments comme le poisson et les crustacés), cette boisson cible en priorité les ados et s’inscrit dans le culte de la performance ambiant dont le credo pourrait se résumer à “Pour vivre mieux, vivons dopés !”
A ce niveau, on est bien d’accord, il s’agit “simplement” de substances énergisantes, de cocktails de vitamines… Mais en instillant insidieusement l’idée qu’il est “cool” de prendre des produits stimulants, on prépare le terrain à la prise d’autres substances moins licites. Et faire la promotion du Red Bull - boisson énergétique qui élimine les toxines durant l’effort physique et combat les crampes musculaire et la fatigue - tout en menant des campagnes contre le dopage, n’est-ce pas un peu schizophène ?
Pour vendre ce soda jaune, le fabricant joue sur l’image du taureau, stylisé sur la canette, pour y associer des notions de force, de puissance, d’invicibilité. Et les mômes tombent dans le panneau. Mon fils de 11 ans est revenu du collège la semaine dernière en me soutenant mordicus que le Red Bull est à base de testicules de taureau !
Autre inquiétude : cette boisson réduit la sensibilité à l’alcool. Schizophrénie, encore. D’un côté, les pouvoirs publics s’inquiètent de l’alcoolisation croissante des ados à travers des pratiques comme le Binge drinking (en Angleterre et en Irlande) ou le botellón (en Espagne) qui consistent à boire le plus d’alcool possible en très peu de temps, parfois jusqu’à perdre conscience ; de l’autre, les mêmes pouvoirs publics autorisent la mise en circulation d’un produit qui neutralise le système d’alarme naturel et permet de boire plus sans s’en rendre compte.
Les parents et les éducateurs, quant à eux, voient rouge.
30/05/2008

