Mai 68 : les adultes dans le miroir des jeunes

Par Isabelle Vial

Il fut très intéressant pour nous, qui furent des bébés en Mai 68, de demander aux adolescents d’aujourd’hui ce qu’ils pensaient des “événements”de Mai.

Première surprise : ils connaissent bien l’événement (76% selon notre sondage) ce qui peut paraître étonnant pour des jeunes qui ne sont ni les enfants ni les petits-enfants des soixante-huitards, mais plutôt les “enfants des petits frères des soixante-huitards”, selon le sociologue François Dubet (les enfants de ceux qui ont “fait” Mai 68 ont plutôt entre 30 et 40 ans aujourd’hui).

Autre surprise : les jeunes seraient très majoritairement prêts à refaire Mai 68 ! Sur ce point, le sociologue François Dubet nous éclaira de la façon suivante :

“Les changements de Mai 68 ont été “avalés” , “digérés” par la société française. Il y a davantage de consensus autour de Mai 68 que sur la Commune ou la Révolution Française. Ce n’est pas un clivage radical. Pour les jeunes, les années 60 symbolisent la jeunesse. Ce mouvement leur apparaît comme un combat joyeux. Ce que les jeunes d’aujourd’hui envient de cette époque, c’est le combat pour la liberté. La liberté, c’est joyeux, optimiste, énivrant, on est dans la conquête, on a de l’espoir. Les jeunes d’aujourd’hui, eux,  s’inscrivent dans une société “de libération”, et la libération, c’est moins drôle que le combat pour la liberté : quefaire de cette liberté ? Quelles options prendre ? Quels chemins suivre ?. La libération, à la différence de la liberté, conclut-il, va de pair avec des angoisses.”

Autre interprétation passionnante de notre sondage, délivrée cette fois par le psychiatre Patrice Huerre, qui rencontre des adolescents à longueur d’année : ” Certains adultes d’aujourd’hui préfèrent voir leurs enfants rester immatures, quitte à s’en plaindre, d’ailleurs. D’autant que les adultes souhaitent protéger leurs enfants des dangers de la vie. Car les autoriser à grandir signifierait qu’eux-mêmes (les parents) vieillissent ! Or dans notre société, il vaut mieux rester jeune. Mais comment autoriser ses enfants à grandir si soi-même, on n’accepte pas de vieillir ? ”

Autre constat de Patrice Huerre sur les parents d’aujourd’hui, baignés d’idées post soixante-huitardes : ” Au nom de l’amour qui doit à tout prix régner dans les familles, les adultes n’autorisent plus les jeunes à s’opposer à eux, à entrer en conflit, donc à grandir. Même si personne ne veut revenir en arrière, on s’aperçoit qu’il était plus facile d’en vouloir à ses parents quand ils vous disaient : “Tais-toi !”. Aujourd’hui, les jeunes ne peuvent plus leur en vouloir, ni entrer en conflit avec eux. Du coup, ils retournent parfois cette opposition contre eux en s’automutilant, ou en se mettant en position d’échec scolaire”.

04/04/2008

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