Nous GiliZ, enfants de 68 !

Gilles Donada 

Que reste-t-il de Mai 1968 ? Eh bien, je dirais sous forme de boutade : le tandem GiliZ de TiGiliZ ! Je m’explique :  Gil (Gilles, c’est-à-dire celui qui vous écrit présentement) et iZ (Isabelle, ma voisine de derrière) sommes les enfants du fameux mois de mai : Isabelle est née le 1er avril 1968 - c’est aujourd’hui son anniversaire ; reprenons tous en choeur :Jo-yeux-a-nni-ver-saire, Isabelle ! - à Malo-les-Bains (Nord-Pas-de-Calais), et moi le 15 mai 1968 à Paris XIVème. Le Ti de TiGiliZ, en revanche, est moins directement concerné puisqu’il avait 7 ans à l’époque des faits.

Marqués du sceau 68 dès notre naissance, le GiliZ était donc prédestiné à traiter ce dossier Mai 1968 à découvrir dans votre hebdo Pèlerin ce jeudi 3 avril 2008. Nous avons travaillé avec nos amis de la cellule reportage (coucou à Philippe Demenet, France Lebreton et Benoît Fidelin !).

Pour vous mettre en appétit, voici les spots radio (Spot radio 1 Pèlerin mai 68 / Spot radio 2 Pèlerin mai 68 / Spot radio 3 Pèlerin mai 68) qui seront diffusés à partir de jeudi sur RTL, Europe 1, Sud Radio, RCF, Radio Notre-Dame, entre autres.

Notre angle - les 15-25 ans jugent Mai 1968 - nous a permis d’échapper aux querelles des adultes : pour ou contre Mai 1968 ? Pour les jeunes que nous avons interrogés dans notre sondage exclusif Pèlerin TNS Sofres et pour les lycéens que nous avons rencontrés, le sujet ne fait absolument plus débat.

Ce qui nous a laissé tout le loisir d’approfondir leur proximité avec les aspirations et les slogans de Mai 68 mais aussi leur distance vis-à-vis des revendications de leurs aînés. Une enquête passionnante !

Dernière confidence : Mai 68 évoque surtout, pour moi, les affres dans lesquels mes parents ont été plongés le jour de ma naissance.  Né prématuré à 7 mois (oh, le pauv’ chou !) , j’ai dû être transporté d’urgence à l’hôpital dans un Paris hérissé de barricades et de tumultes.

Mon père et ma mère redoutaient que, sur le trajet,  des manifestants se cachent dans l’ambulance pour échapper aux charges des CRS et que ces derniers nettoient l’habitacle à coups de matraques, envoyant valdinguer la précieuse couveuse…

Vous pouvez vérifier hic et nunc que ces craintes étaient infondées !

J’ai grandi dans le récit de ce “roman des origines” que mes parents m’ont souvent raconté à tel point - je m’en rends compte en vous écrivant - que j’ai presque l’impression d’avoir assisté à la scène de la baston entre CRS et étudiants depuis ma couveuse ! Et, à ce jour, je ne sais pas comment s’est déroulé précisément le fameux trajet maternité-hôpital…

Autrement dit (et là, je bascule dans le hors-piste d’une psychanalyse sauvage), j’ai fait miennes les craintes de mes parents au point de leur donner une certaine réalité dans ma vie, du moins en imagination, alors qu’elles ne coïncident pas avec la réalité objective de ce qui s’est passé ce jour-là.

Les psys disent que les bébés sont comme des éponges : ils captent les sentiments - positifs comme négatifs - des parents (ces derniers ne doivent pas culpabliser : les sentiments, ça ne se commande pas !)… En tout cas, il est étonnant de constater combien “un récit familial” influe sur la construction de l’image qu’on a de soi… Bon, j’arrête là cette introspection nombrilesque. Et de toute façon, c’est un autre sujet.

Rendez-vous jeudi en kiosque (ou dans votre boîte à lettres, si vous êtes abonné) et sur ce blog pour la suite des coulisses et des réflexions suscitées par  notre enquête sur Mai 68.

01/04/2008

6 Réponses pour “Nous GiliZ, enfants de 68 !”

  1. Redigé par BAUDUIN François:

    Un grand merci pour votre vécu si particulier , cher Gilles Donada .
    Il justifie mon intérêt de longue date pour les événements qui entourent une naissance . Tout le monde devrait connaître ceux qui l’ont intéressé .

  2. Redigé par René Poujol:

    Mai 68… c’est le mois de mes 20 ans ! Je n’y suis pour rien, c’est comme ça ! J’étais alors étudiant en Droit
    à Toulouse. Les deux “chocs” de ces années restent la découverte que je pouvais me sentir plus proche de copains
    de cours non-cathos, qui partageaient ma vision de la société que de cathos qui, tout en partageant ma foi, me semblaient
    aux antipodes de ce qui me faisait vibrer… Le second est d’avoir ressenti une défiance définitive pour tout ce qui
    pouvait ressembler à un “principe d’autorité”. On n’avait pas “raison” a priori parce qu’on avait le pouvoir (fut-ce le
    pouvoir d’enseigner) mais parce qu’on était capable d’argumenter sur ce savoir et de convaincre. Ces deux acquis
    me sont restés ! Ils sont “mon héritage” de Mai 68.

    Pour le reste je garde le souvenir d’un Printemps radieux, de quelques courses à pied devant des CRS bon enfants,
    d’une unique nuit de barricades dans la ville rose dont je n’ai rien vécu pour la bonne raison que j’avais pris,
    ce jour là, en arrosant le résultat d’examens avec des copains, la “cuite” de ma vie… la seule à ce jour. Regret
    éternel ! Je me souviens aussi de nos débats de la paroisse étudiante, rue Valade, autour de nos aumoniers :
    les Pères Boucher (pour le Droit) et Bernard Panafieu, futur cardinal archevêque de Marseille (pour les Lettres).
    Oserai-je cet aveu : on épluchait plus les textes de Marcuse (aujourd’hui bien oublié) que des Ecritures !

    A la faveur de la remise en question de toutes les institutions, je me suis retrouvé élu Président de l’Association
    catholique des étudiants de Toulouse, fonction dont personne ne voulait ! Cela m’a vallu quelques soirées de débats
    épiques avec les évêques de la Région Apostolique… Je me souviens de ce soir où après que nous nous soyons
    largement étripés entre cathos de différentes facultés, l’un de nos évêques crut pouvoir nous proposer de “réciter
    ensemble un Notre Père” avant de nous séparer… Proposition reçue dans le froid qu’on imagine !

    Est-ce bien sérieux pour le Directeur de la rédaction de Pèlerin de confier tout cela ? Chacun jugera ! Mai 68 fait
    aussi partie de mon héritage !

    Merci pour votre blog !

  3. Redigé par folefair:

    Eh bien, il est bavard, René Poujol, pour nous raconter sa jeunesse de 68 ! Je ne garde de cette époque qu’une sensation de malaise, de difficulté pour faire un plein d’essence (pourtant indispensable pour se rendre au travail). Déjà bien contente d’en avoir un travail. Eh oui, les difficultés de datent pas des années 2000. Eh puis les radios qui parlaient de tous ces manifestants.. des étudiants et l’on se disait qu’ils avaient bien de la chance de pouvoir faire des études. Pour nous c’était l’apprentissage et gagne ta vie le plus vite possible pour ne plus être à la charge des parents.

  4. Redigé par Gilles TiGiliZ:

    @ François Bauduin : oui, les commencements sont toujours… très intéressants !
    @ René Poujoul : mon vénéré directeur de la rédaction nous confie son Mai 68. Merci René pour ces souvenirs si vivaces !
    @ Folefair : C’est ce que j’aime dans ce sujet : il n’y a pas *un* Mai 68 mais *des* Mai 68. Avez-vous raconté à vos proches vos souvenirs ?

  5. Redigé par nora:

    Peu comprennent Mai 68, “explosion philosophique de masse” comme le dit Vincent Cespedes. Je vous renvoie au site de ce philosophe pour éclairer votre lanterne :
    http://www.vincentcespedes.net

    Et aussi au site de sa nouvelle collection d’essais philo, chez Larousse, site où vous trouverez des vidéos bien senties :
    http://www.osezphilosopher.fr

    Il est temps d’hériter de 68, cela fait quarante ans qu’on nous prive d’héritage à force de caricatures et de diabolisations !

  6. Redigé par Philippe Edmond:

    Le blog “pour un mai 2008″ recense un certain nombre des réactions et analyses qubliées en ligne à propos de l’anniversaire de mai 68
    http://pourunmai2008.blogspot.com/

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