A propos des casse-pieds
Par Timothée Duboc
Quelle idée avons-nous eue de programmer ce sujet sur les casse-pieds qui paraît cette semaine dans les pages Famille de Pèlerin ? C’était oublier que la ligne éditoriale de notre publication veut que nous nourrissions chaque thème traité par des témoignages… Or, pour avoir mené l’enquête, je peux attester de la difficulté de dénicher trois ou quatre quidams prêts à reconnaître leurs petits ou gros travers et, surtout, prêts à en parler à un journaliste ! C’est qu’en présence de mon bloc-notes, les gros poissons se dérobaient, les bouches se fermaient, les cibles potentielles se carapataient les unes après les autres…
D’aucuns me souffleront que j’aurais pu parler de moi et puiser dans le vivant exemple que je me procure à moi-même - et qu’endure mon entourage - la matière à un témoignage de premier choix. A ceux-là je réponds que c’eût été faire une grave entorse à cette règle journalistique élémentaire que tout membre de la profession respecte scrupuleusement - hormis, à la rigueur, l’éditorialiste de service ou le chroniqueur patenté : un rédacteur n’écrit pas au “je” dans les colonnes de sa publication. C’est pourquoi j’ai préféré m’effacer… Commode argument ? Peut-être, mais tellement imparable que je ne vois aucune raison de m’en priver !
Et puis, il y a ces bourdes que j’ai commises et répétées. Voulant m’ouvrir de mon sujet à tel ou tel collègue en cours d’enquête, en vue d’échanger sur tel ou tel aspect plus ou moins technique, ou bien sollicitant l’analyse d’un expert, j’ai plus d’une fois pris langue avec mon interlocuteur en lui assénant un calamiteux : “Je suis en train d’écrire un article sur les casse-pieds, et j’ai pensé à toi /vous pour éclairer ma lanterne…” Sur certains sujets, sous peine de faire chou blanc, il faut soigner sa communication, je m’en rends compte a posteriori.
Les témoignages que j’ai fini par glaner - précieuses pépites pour l’orpailleur qui sommeille en tout journaliste - ce sont toutes des femmes qui me les ont confiés. Plus “transparentes” et plus prolixes. Plus attentives à la qualité des relations nouées avec l’entourage, peut-être aussi. Plus lucides, plus honnêtes, qui sait ? Et plus exigeantes, selon Maryse Pascau, conseillère conjugale et familiale, que j’ai interrogée. Lorsqu’un couple consulte pour toutes sortes de difficultés, c’est, dans la très grande majorité des cas, à l’initiative de la femme. Endurant moins volontiers la médiocrité, repérant plus vite le malaise ou la souffrance, elles sont également plus enclines à se remettre en question. Promptes à se plaindre des relations dégradées avec un conjoint colérique, soupçonneux ou centré sur lui-même, elles le sont aussi à pointer leurs propres mauvais côtés.
Pour finir sur le sujet, deux mots à propos d’un livre sur la “gestion” des “personnalités difficiles au quotidien”, paru il y a quelques mois. Je n’ai pas envie de nommer l’éditeur - qui par ailleurs produit aussi de bons ouvrages. Juste envie de dénoncer une entreprise un peu répugnante, celle, indiquée en quatrième page de couverture et résumée en “l’art de ne plus traîner les boulets” : “le paresseux, le cupide, l’incompétent, le dominateur, l’idiot, le malheureux chronique… (…) que ce soit au sein d’une équipe ou en famille“. Le seul souci affiché par les auteurs, trois consultants en formation et management, est pragmatique : réduire leur capacité de nuisance - celle des “boulets” qui nous pourrissent la vie, entendons-nous bien - avec, au choix, deux possibilités : “les remettre au travail ou oser s’en séparer“.
J’ose espérer que ce trio ne sévit que dans le milieu de l’entreprise (ce qui ne serait d’ailleurs qu’une moitié de consolation)…
28/03/2008


01/04/2008 à 22:38
J’ai lu l’article de Pèlerin à propos des casse-pieds et j’aurais bien aimé vous écouter sur Radio Notre Dame lundi matin. C’est un sujet à l’ordre du jour quotidiennement. Que faut-il faire ? la sourde oreille ? Les remettre en place ? Jouer l’indifférence ? Un arrière grand oncle disit “il y a toujours la moitié des gens pour emmerder l’autre moitié” Je riais de l’entendre raconter des histoires, mais finalement il avait raison.
03/04/2008 à 11:31
> Folefair :
Votre arrière grand-oncle devait avoir pas mal d’humour. Dans quelle moitié se situait-il, d’après vous ? Selon moi,
il y a un principe d’alternance… même si certains prennent plus que leur part !