Vieillesse = sagesse…
Par Gilles Donada
J’ai toujours cru que vieillesse rimait avec sagesse. C’était sans doute l’image que m’offraient mes grands-parents qui avaient manifestement réfléchi aux choses de la vie…
J’ai découvert une autre facette de la vieillesse lorsque je suis entré comme étudiant à la Sorbonne au début des années 1990.
Nous avions des cours dans le fameux amphithéâtre Richelieu et certains jours, à certaines heures, une fois le cours achevé, il était quasiment impossible de sortir des travées car nous affrontions un contre-courant très puissant : nous étions littéralement bousculés par des hordes de grands-mères et de grands-pères survoltés qui jouaient des coudes pour accaparer les meilleurs places pour les conférences de l’université inter-âges.
Depuis, je suis régulièrement confronté à cette impatience, parfois agressive, dans la file d’attente du supermarché, dans le bus, le métro… Moi, quoi croyais naïvement que vieillesse allait de pair avec politesse, patience, sérénité, recul sur l’agitation quotidienne…
Un nouvel éclairage m’est apparu en préparant un prochain sujet. J’ai interviewé la très intéressante Nancy de la Perrière, qui est l’une des bénévoles en charge des entretiens au sein de l’Ecole des grands-parents européens.
Elle m’expliquait que l’éloignement d’avec les enfants et les petits-enfants étaient très douloureusement vécu (”comme une condamnation à mort prématurée”, dit-elle), non seulement à cause de la coupure des liens affectifs mais aussi à cause de la conception complètement différente du temps vécu par les uns et par les autres.
Pour les plus jeunes, ce qui compte dans le temps, c’est l’instant d’après. Mais pour certains parmi nos aînés, le temps c’est ce sable qui file entre nos doigts nous rapprochant inéluctablement de l’heure de notre propre fin. Un temps pour bâtir d’un côté, un temps pour mourir de l’autre.
Je comprends mieux, dès lors, l’espèce d’impatience anxieuse qui saisit certains (et certaines) : tout ce qui n’est pas vécu maintenant est peut-être irrémédiablement perdu.
Et je ne peux m’empêcher de songer à une autre phrase, attribuée à Mère Teresa : “Tout ce qui n’est pas donné est perdu”. Tout donner, même notre temps qui passe.
21/03/2008

