Désir d’enfant
Par Isabelle Vial
Je vous ai déjà parlé de ma ziggourat, cette pile de livres à la gauche de mon bureau, qui penche dangereusement au rythme de l’arrivée de livres en provenance de maisons d’édition bien intentionnées. La semaine dernière, j’ai ainsi reçu le livre de l’animatrice de télévision Laurence Boccolini (1).
Et me voici devant un cas de conscience, que je me permets de vous livrer. Voilà une histoire très touchante : on comprend que l’auteur, malgré cinq ans de tentatives, n’arrive pas à avoir un enfant.
Que faire face à un tel livre ? La douleur qu’il recèle doit-elle nous pousser à nous incliner devant lui ? C’est-à-dire à en publier la critique ? Ce qui reviendrait à vous conseiller de l’acheter, puisque nous avons décidé, dans les pages Famille, de ne parler que des livres que nous jugeons utiles, importants ou agréables pour vous.
Or, je le dis franchement, ce n’est pas le cas de ce livre : il tient davantage du bloc d’émotion concentré et du « déballage » de douleur intime. Il ne raconte rien, hormis des anecdotes sur le malheur de l’auteur, sur l’injustice de ce malheur, et sur les trucs bêtes qu’un tel malheur la conduit à faire… Cela valait-il ce livre ? Quel besoin de mettre sur la place publique ce qui aurait dû rester dans l’intimité partagée d’une famille, d’une amitié ou de solidarités de proches ?
Si c’était aussi simple, je n’aurais pas de scrupules à le faire glisser vers la « ziggourat » des livres dont nous ne parlerons pas. D’où vient alors le malaise ? C’est que Laurence Boccolini touche juste : son histoire est dramatique, ce problème est tabou, on aimerait lui dire que ça va aller et on sent bien qu’on n’y peut rien… On perçoit que cette douleur lui « bouffe » l’existence, l’occupe tout entière… Et comment ne pas la comprendre ? Elle a raison quand elle délivre ce message auprès des jeunes femmes : si vous le pouvez, n’attendez pas trop longtemps… Rappelons que l’âge de la première grossesse est passé de 24,2 ans en 1978 à 29,7 ans aujourd’hui. Laurence Boccolini vient nous dire de façon très juste qu’un enfant ne vient jamais sur commande…
Mais pour autant, la douleur, même profondément compréhensible, éminemment respectable, ne peut pas ouvrir tous les droits. Et la compassion ne doit pas nous empêcher de dire que ce livre est vide. Se considérer comme une victime, même d’un malheur aussi grand, ne donne pas le droit à faire vendre n’importe quoi.
(1) « Puisque les cigognes ont perdu mon adresse… » , de Laurence Boccolini, Ed. Plon, 140 p., 16 Euros.
19/03/2008

